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L'école au Mexique


La rentrée dernière, plus de 25 millions d’élèves et 1,2 millions de professeurs ont repris le chemin de l’école mexicaine… Masiosarey s’est intéressé de plus près à l’organisation du système scolaire national, mais aussi aux enjeux auxquels est aujourd’hui confrontée cette institution…

Libre et obligatoire, laïque et gratuite dans le secteur public (article 3 de la Constitution mexicaine de 1917), l’école est le pilier du régime issu de la Révolution mexicaine. A l’instar des débats passionnés que soulève chaque réforme de l’enseignement en France, la physionomie actuelle de l’école au Mexique est le produit des débats, souvent féroces, qui ont marqué tout le XXème siècle et qui, aujourd’hui encore, accueillent chaque décision en matière scolaire. Mais l’école au Mexique, c’est quoi ? Comment fonctionne-t-elle ? D’où vient-elle ? Et surtout, quels sont les grands enjeux et les débats qui structurent la question scolaire ?

Pour appréhender un dossier aussi dense et complexe, rien de mieux que de procéder par étape. Avant d’aborder de front la dernière réforme scolaire, et avant même de vous proposer une petite synthèse des grandes figures de l’éducation publique mexicaine, qui ont pour la plupart été des acteurs clefs de la construction de la nation moderne, il nous semble important de vous proposer un tout premier instantané* de ce secteur stratégique. Pour rompre certains clichés. Et en expliquer d’autres...

Attention, il ne sera question dans cet article que de l'école (éducation de base) qui réunit au Mexique les niveaux de maternelle, primaire et secondaire. L'éducation moyenne supérieure et supérieure (c'est-à-dire lycée et université) est une autre histoire...

25 millions d’élèves mexicains (maternelle, primaire et secondaire)

En 2013, dans le contexte de la dernière réforme éducative, l’INEGI a été chargé de réaliser un recensement du secteur (Recensement des écoles, des maîtres et élèves d’éducation de base** et spéciale, CEMABE). Résultats des courses : au Mexique, 25.608.303 élèves interagissent quotidiennement ou presque avec 1.211.921 enseignants. Une population décidément non négligeable et un univers stratégique.

D’entrée de jeu, se pose donc la question de l’accès à l’éducation. L’état mexicain peut-il offrir une couverture universelle en matière d’éducation de base dans la quasi-totalité des municipalités du pays ? Dans un pays où la population en âge d’étudier (de 4 à 24 ans) est plus de 4 fois supérieure à la population totale de la Belgique (11,3 millions en 2016) et continue d’être dispersée sur un large territoire, la question est loin d’être anodine. Et l’on part de loin. En 1921, le taux de couverture était estimé à 10% (SEP, 2016). 90 ans plus tard (à partir de 2009), les indices –selon les niveaux– s’approchent des 100%. Ainsi, en 2013, tous les enfants de primaire étaient-ils, en théorie, scolarisés. 97% l’étaient dans le secondaire. En maternelle, la couverture reste un peu en arrière (l'école n'est pas obligatoire à ce niveau), mais atteignait tout de même les 84%.

Pourtant, certains chercheurs sont sceptiques à l’égard de cet indicateur, qui selon eux ne peut à lui seul constituer un objectif. Ils expliquent notamment que l’accès à l’école doit être considéré à la lumière d’un autre paramètre : le taux de rendement scolaire, c’est-à-dire le nombre d’étudiants qui terminent réellement leur scolarité. Et là, les résultats sont moins bons, même s’ils ne cessent d’augmenter depuis 2000. En 2012, 95,6% des élèves terminaient l’école primaire et seulement 84,6% terminait le secondaire. Et ce taux baisse encore pour les études supérieures (Ordorika et Rodríguez, 2012).

Par ailleurs, et par delà le relativement bon taux de couverture, d’autres problèmes subsistent. Certaines zones très isolées, par exemple, continuent de manquer d’infrastructures scolaires. Des communautés rurales comptent encore trop souvent des établissements multi-niveaux, avec un seul professeur. Et le problème des enfants des populations migrantes reste encore entier.

Pourtant, plus généralement, les observateurs et l'Institut national d'évaluation de l'éducation, s'accordent pour considérer que les progrès les plus urgents doivent être menés en matière de qualité des services éducatifs (Ordorika et Rodríguez, 2012). Une question qui sera abordée dans la suite de ce dossier...

Une très grande majorité d’élèves scolarisés dans le public

En 2013 toujours, la (très) grande majorité des quelques 173.007 établissements d’éducation de base et spéciale du pays s’avèrent être des établissements publics (88,37%). A titre de comparaison, le Mexique se rapproche de la situation de la province du Québec (89% d’établissements publics) et se situe largement au-dessus de la proportion enregistrée en France (82%), aux Etats-Unis (75%) ou en Belgique (51%). En 2013, les établissements publics mexicains accueillaient donc presque 23 millions d’élèves mexicains. Près de deux million et demi d’enfants étaient, eux, inscrits dans une école privée.

La force de l’école publique n’est pas une surprise pour qui connaît l’histoire du Mexique moderne. A partir du milieu du XIXème siècle, l’histoire nationale est en grande partie celle de la lutte de l’Etat pour récupérer l’enseignement aux congrégations religieuses. Une lutte finalement remportée par les partisans de l’école laïque au début du XXème siècle. Dès 1910, seules 4% des écoles primaires étaient de confession catholique et 1% protestante (Bastian JP, 1994).

Cependant, les chiffres actuels cachent de grandes disparités. Notamment dans la Ville de Mexico, où la moitié (50,28%) des 5.785 écoles recensées sont... privées, même si celles-ci ne prennent en charge que 20% de la population d’élèves. En termes absolus, l’Etat de Mexico est celui où l’on dénombre le plus d’élèves inscrits dans une école privée (c’est aussi l’Etat le plus peuplé du pays). Mais –encore une fois– ces derniers ne représentent que 10,2% de la population totale d’élèves. Dans cet état, 20,51% des établissements sont privés, ce qui le situe de toute façon au-dessus de la moyenne nationale (11,62%).

Dans les états moins peuplés, le nombre d’établissements et d’effectifs dans le privé est significativement plus bas. Avec toutefois de fortes variations au niveau local et, surtout, entre villes et campagnes et/ou périphéries. Ainsi, la ville de Campeche compte-t-elle 17,6% d’établissements privés, soit dix points au-dessus de la moyenne de l’Etat. Plus spectaculaire, 34% des établissements scolaires de la ville de Veracruz sont privés, alors que la moyenne de l’Etat chute à 4,86%. Et l’on retrouve sensiblement le même phénomène dans les villes du reste du pays. La ville de San Luis Potosí compte 40,7% d’établissements privés alors que celle de Rayón, située dans la Huasteca, n’en dénombre aucun. Les villes de Puebla et de Cholula ont respectivement un taux de 54% et de 45%, rejoignant ainsi le rapport de force observé dans la Ville de Mexico, alors que la moyenne de l’état s’établit autour de 12%.

Alors, la privatisation de l’éducation, un phénomène essentiellement urbain ? Il est de toute façon certain que les villes constituent un créneau économique non négligeable et, par conséquent, de véritables opportunités de marché pour les « entrepreneurs » de l’éducation. Et ce, même si le poids des dépenses liées à l'éducation des enfants dans le budget familial reste encore très en-deçà de ce qu'il peut être dans d'autres pays; ainsi, en 2008, le Bureau du procureur fédéral à la consommation (PROFECO) estimait que les coûts liées à l’éducation des enfants représentaient 5,5% du budget familial au Mexique, alors qu'en France, pour le cycle 2014-2015, ils atteignaient 20%.

Par ailleurs, rappelons-le, un taux élevé d’établissements privés dans une ville ne signifie pas automatiquement que la majorité de la population en âge d’étudier est inscrite dans le privé. Même si certains chercheurs observent une tendance à l'augmentation des inscriptions dans le secteur privé (El Universal, 21/08/2016).

En bref, le ministère de l’éducation publique s’attèle quotidiennement à une tâche herculéenne : enseigner au plus grand nombre, dans des zones de grande, voire de très grande marginalité et de forte diversité, tout en assurant un socle homogène de connaissances de qualité. Et c’est bien là la principale faiblesse pointée par l’enquête internationale PISA pour l’éducation au Mexique.

A SUIVRE...

©Masiosarey, 2017

* Un instantanée auquel il manque cependant le recensement de plus de 2 millions d’élèves, principalement dans les états du Chiapas (plus de la moitié des établissements n’ont pu être recensés regroupant les trois quart des élèves de l’Etat), de Oaxaca, de Michoacán et de Guerrero.

** L’éducation de base au Mexique rassemble les niveaux de maternelle, primaire et collège.

Bastian Jean-Pierre, Le protestantisme en Amérique Latine: une approche socio-historique, Genève, Labor et Fides, 1994.SEP, 2016, El modelo educativo, 2016. El planteamiento pedagógico de la Reforma Educativa.

Ordorika, Imanol y Rodríguez Gómez, Roberto (2012), “Cobertura y estructura del Sistema Educativo Mexicano: problemática y propuestas”, en Narro Robles, José, Martuscelli Quintana, Jaime y Bárzana García, Eduardo (Coords.) Plan de diez años para desarrollar el Sistema Educativo Nacional, Universidad Nacional Autónoma de México, México, DF.

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