Et si on partait vivre au Brésil, ma chérie? Ou l'expérience de l'expatriation

Lire Lili Plume, c’est se mettre dans la peau d’une femme d’« expat » ! Narré à la première personne, ce récit haut en couleurs est celui d’une expatriation joyeuse au Brésil, à Sao José à une centaine de kilomètres de Rio de Janeiro.


Gaëlle, professeur des écoles, n’était a priori pas destinée à partir si loin de son village... jusqu’au jour où son mari lui annonce la possibilité d’aller s’installer au Brésil ! Branle-bas de combat, la petite vie tranquille et rangée de la famille de Lili est sur le point de basculer. Aux doutes du départ suivent le choc culturel et l’adaptation à un nouveau pays, une nouvelle langue et une nouvelle culture. Loin de ses repères confortables, la famille de Lili apprendra à vivre aux rythmes de la samba, du football et des churrasquerias.


Et l’on suit avec plaisirs les aventures, les visites, les rencontres de la famille tout en découvrant le Brésil. Il faut dire que Gaëlle est un peu l’amie rêvée : elle aime boire des cocktails, bavarder des heures avec les copines, faire la fête et découvrir… Elle n’a pas peur, elle n’est pas complexée (malgré les défilés de beautés brésiliennes en bikini), elle ne doute de rien… Bref, elle n’est pas « parisienne »*.


Et puis elle est courageuse, Lili Plume/Gaëlle ! Car se lancer dans le récit d’une expatriation en assumant le genre de la comédie est un pari risqué. Le premier écueil est sans doute de finir par dresser un inventaire de lieux communs sur le pays d’accueil. Un autre risque est de s’exposer, soi-même et ses proches, au regard toujours un peu voyeur du lecteur. Si le piège des lieux communs est bien évité, grâce à la personnalité attachante de l’auteur et son regard sincère sur le Brésil, le second est peut-être moins bien géré. En effet, le lecteur sort de ce livre avec l’impression de ne jamais connaître vraiment Maxime, Gaëlle et Nathan. Les moments de doute sont balayés (un peu trop) rapidement; les coups de blues sont résolus derechef par un skype avec la bonne copine ou la sœur ou par une caïpirinha; les énervements et les difficultés sont dépassés par une Gaëlle dont l’énergie sans faille en devient presque agaçante... Quant à Maxime, l’expat, nous ne saurons rien de ses batailles quotidiennes dans le monde du travail brésilien. Et pourtant, au-delà de sa capacité à dominer la langue, on soupçonne qu’il a rencontré des obstacles culturels autrement plus rudes que la gentille Gaëlle. En termes éditoriaux, l’auto-publication pour un marché relativement réduit --les expatriés français, dont l’accès est en outre compliqué-- est également un pari risqué. Mais Lili Plume propose un ouvrage particulièrement attractif, qui retient l’attention. Les illustrations de Georgia Wolinski sont merveilleusement colorées et traduisent efficacement l’ambiance du livre (un petit conseil : investissez dans le livre version couleur).


Qui doit lire impérativement ce livre ?


Tout candidat à l’expatriation : car oui, c’est difficile l’expatriation. Mais c’est aussi une phase de vie condensée qui marque profondément une trajectoire; une phase de vie durant laquelle les émotions sont exacerbées. En revanche, certaines parties du livre feront probablement grincer des dents ceux qui ont fait la traversée du charco sans les conditions privilégiées (il faut bien le dire) des expats.


Une chose est sûre, la lecture du livre permet de saisir plus finement les difficultés que rencontrent les expats alors que vu de l’extérieur, ceux-ci évoluent dans une bulle protégée, au sein de pays dont les convulsions économiques et sociales sont autrement plus sérieuses que celles de leur pays d’origine. Ce livre exprime surtout une frustration bien réelle : celle de n’avoir eu, finalement, que peu de contacts durables avec les habitants. Dans un remarquable élan d’honnêteté, Gaëlle/Lili Plume reconnaît que les attentes (sociales et affectives) de l’arrivant sont bien souvent supérieures à la réponse locale. Elle livre ainsi le secret d’une expatriation réussie : profiter des marques chaleureuses mais superficielles de réception sans en attendre plus, et vivre l’expérience à fond, car vous n’en sortirez pas indemnes!


Les clés d’une expatriation réussie :


- Avoir de l’humour, ne pas se prendre au sérieux et être curieux.

- Être extraverti et profiter de toutes les occasions pour rencontrer du monde.

- Avoir une bonne connexion internet, être branché sur facebook et s’inscrire dans les groupes d’expatriés du pays d’accueil.

- Dans le travail « il faut un temps d’adaptation et surtout accepter d’abandonner certaines de ses certitudes » (p. 110)

- Accessoirement ne pas avoir peur de la faune locale…



@Masiosarey 2020

*Aucune haine envers les parisiennes, juste une référence à une chanson du groupe Louise Attaque !


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