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Rendre le français sexy ? Le Colloque national des Alliance françaises au Mexique, Puebla (7 au 9 ma


Francophone, vous pensiez encore qu’enseigner le français était chose facile ? Et bien non ! On ne s’improvise pas prof de français. Le colloque national des Alliances Françaises au Mexique tombait à pic pour rappeler que la professionnalisation est de mise et que la pédagogie s’appuie sur une réflexion théorique solide. Alors pour tout savoir sur le F.O.S, F.O.U ou F.S, à vos marques!

Pour la première fois organisé à l’échelle de la République mexicaine, ce colloque offrait aux professeurs de français l’opportunité d’échanger expériences et pratiques, de se sentir moins solitaire mais aussi de mieux comprendre les enjeux futurs auxquels est confronté l’enseignement du français.

« L’Enseignement du français au Mexique est stratégique et politique » (Jean Paul Rebaud)

En introduction à cette rencontre, Jean-Paul Rebaud, conseiller de Coopération et

d’Action Culturelle de l’ambassade de France au Mexique, propose un rapide tour d’horizon de la situation du français au Mexique, sur la base d’une enquête menée à la demande de l’Ambassade et sur le point d’être conclue. Avec 250.000 apprenants de français, le Mexique arriverait en tête des pays d’Amérique latine les plus francophones. Environ 23.000 mexicains étudient dans une des 33 Alliances Françaises du pays, et près de 3.000 sont inscrits à l’IFAL. Bref, l’enjeu est de taille et, comme le souligne le conseiller, « il est important que nous nous réunissions, afin d’étudier les pratiques et les techniques qui sont extrêmement importantes, mais aussi pour essayer, ensemble, de mesurer la dimension stratégique et politique de l’enseignement du français. »

Une dimension politique d’abord car l’apprentissage d’une langue étrangère, en l’occurrence le français, a évidemment un effet de rayonnement et un impact économique dépassant le seul marché des cours de langue. Conséquence directe, la question de l’introduction d’une seconde langue étrangère dans le cursus scolaire mexicain est aujourd'hui un enjeu diplomatique majeur (la deuxième langue étrangère au Mexique après l’anglais est de facto le français); et ce d’autant plus en période électorale, alors que la question de l’enseignement est au cœur des campagnes politiques. Bref, il y a des places à défendre et des marchés à conquérir !

Une dimension stratégique ensuite, car beaucoup de mexicains souhaitent poursuivre leurs études supérieures dans un pays étranger. Actuellement, environ 100.000 jeunes mexicaines partent effectivement étudier à l’étranger : la moitié aux USA, l’autre moitié en Espagne, puis en France et au Canada (francophone ou anglophone). Il s’agit donc du premier public cible pour l’enseignement du français au Mexique. Les jeunes professionnels intéressés à travailler dans les entreprises francophones constituent un autre public privilégié « car ce sont eux qui montrent que la langue française, au-delà de sa dimension culturelle, est une langue utile dans le milieu professionnel » insiste Jean-Paul Rebaud. Le thème du colloque ne pouvait être plus ad hoc !

Promouvoir la professionnalisation et la convergence

« C’est important pour nous de convoquer de grands évènements de professionnalisation et de rassemblement des acteurs de l’enseignement du français. » explique à son tour Emilie Flesch, directrice de l’Alliance française de Puebla et organisatrice du colloque. En 2017 son équipe avait déjà organisé un premier colloque, à l’occasion des 70 ans de l’AF de Puebla, qui avait largement mobilisé autour de la question des nouvelles technologies appliquées à l’enseignement du français. Cette année, le rendez-vous se confirme et prend passe à la vitesse supérieure. Grâce au soutien de la Délégation générale de la Fondation Alliance Française au Mexique et de l’Ambassade de France, ce colloque a en effet pu être organisé à l’échelle nationale. 28 directeurs ou représentants des 33 Alliances françaises au Mexique ont, pendant trois jours, pris la place des élèves et se sont prêtés au jeu de la formation. Au total, 120 participants, tous extrêmement attentifs, sont venus apprendre de nouvelles méthodes d’enseignement ou simplement partager leurs expériences.

Un public varié donc : beaucoup de « natifs » de langue française installés au Mexique et qui donnent des cours soit dans une Alliance, soit dans des écoles ou des universités ; mais aussi beaucoup de jeunes mexicains qui ont étudié une licence de langues étrangères. « Nous sommes très contents car nous avons eu beaucoup de demandes de groupes d’universités autonomes : celles de Toluca, de Zacatecas, l’UNAM... nous avons même deux groupes d’étudiants de dernière année qui sont venus avec leur professeur. Pour nous, l’objectif n’était pas de restreindre cette rencontre aux Alliances, mais au contraire de l’ouvrir, comme nous l’avions fait l’année dernière » explique la directrice de l’AF Puebla.

POUR EN SAVOIR PLUS sur l'Alliance Française et le Cavilam Vichy...

Diversifier l’offre de cours : l’enjeu du F.O.S et du F.O.U

Dès le départ, le ton est donné. Et il faut d’ailleurs être du sérail pour comprendre le titre même du colloque « F.O.S., F.O.U., F.S. de l’analyse des besoins à l’évaluation »

Très vite, il est aussi question de FLE, de FS, de TFI, de DELF, DELFI... Bref, un vrai jargon pour le non initié, mais pas seulement. Car, comme le constatent Lucile Cadet et Emmanuelle Guerrin dans leur introduction au numéro spécial de la revue Le français aujourd’hui

, les catégories et les « lexies » se sont multipliées. Il est donc essentiel de les expliciter. Le non initié comprend dès lors que l’enseignement du français pour étrangers est solidement ancré dans une discipline universitaire. Et qu’il n’est pas facile de transmettre les « subtilités » des concepts et des courants de la pédagogie.

C’est pourtant (ou justement) ce que se propose de faire Jean-Jacques Richer, maître de


conférence à l’Université de Bourgogne, dans le cadre de sa conférence magistrale. Pendant près d’une heure, ce spécialiste fait ainsi le point sur les appellations qui vont mobiliser les professeurs de français pendant les trois jours du colloque. Mais il dresse aussi et surtout un panorama compréhensif de ce champ. Ainsi, si le français pour étrangers (français langue étrangère, FLE) est plutôt lié à l’acquisition d’une langue pour la vie courante, le français pour public spécialisé (F.S) possède, lui, la spécificité de lier le langage à la pratique. L’acquisition d’une langue est alors liée soit à un investissement professionnel (Français sur Objectifs Spécifiques, F.O.S.), soit universitaire (Français sur Objectif Universitaire, F.O.U.).

Pour ceux qui pensent que le F.O.S ou le F.O.U sont des nouveautés, Jean-Jacques Richer rappelle que les principes du F.O.S. s’articulent dès les années 70. Il s’agit alors, principalement, d’une réponse du courant fonctionnaliste à la remise en cause de l’enseignement du français, autour d’une proposition centrale : remettre le projet au cœur de la didactique et adopter une méthodologie qui ne se focaliserait plus seulement sur les contenus mais sur les apprenants, et donc plutôt sur les besoins. Jean-Jacques Richer insiste d’ailleurs, à grand renfort de références bibliographiques, sur l’importance de l’analyse des besoins dans toute démarche de français sur objectifs.

L’appellation F.O.S., en tant que telle, apparaît à partir des années 90. Mais comme l’épistémologie n’est jamais un long fleuve tranquille, dès les années 2000, ce champ commence à son tour à se diviser en deux sous-domaines : le français sur objectifs spécifiques (F.O.S.) et le français de spécialité (F.S.). Autant dire qu’aucune de ces catégories n’est pertinente pour le public, mais elles sont essentielles pour le formateur, argumente le professeur Richer.

Le FOS, synthétise-t-il, est lié à un métier et se distingue des autres pans de l’enseignement du français par sa contrainte temporelle (des heures d’apprentissage limitées dans le temps) et par une absence de manuels. Il implique donc une élaboration complète de chacune des offres de formation en fonction d’une demande spécifique. Pour sa part, le français de spécialité (F.S.) renvoie non pas à un métier, mais à un domaine (le français des affaires, du tourisme, etc.). Les publics cibles sont donc plus larges, raison pour laquelle les éditeurs proposent des supports aux enseignants. Mais qui dit supports préexistants, dit aussi des propositions forcément moins adaptées à chacun des cas. Nous ne sommes plus dans le sur-mesure et il est donc plus difficile de satisfaire totalement les apprenants qui, souvent, attendent des formations plus pointues. En revanche, l’adoption d’un tel cours a une répercussion inattendue : elle permet de redynamiser des étudiants qui seraient fatigués de suivre les cours traditionnels de français.

Enfin, depuis 2006, le F.O.U. –dont l’acronyme fait assez logiquement l’objet de plaisanteries sans fin dans le milieu– est destiné à couvrir les besoins des publics universitaires. Là encore, si la terminologie et le champ sont récents en France, ils existent depuis longtemps dans le monde anglo-saxon. Alors, l’enseignement du français à la traîne ? La réponse est évidemment complexe et plus nuancée. Mais, une chose est sûre, l’enjeu est de taille. Car la mobilité étudiante est un marché important pour les universités. En France, 12% des étudiants sont étrangers. Il faut des cours ciblés qui leur permettent d’acquérir des compétences qui vont au-delà de l’acquisition de la langue, comme la prise de note ou encore la connaissance de la culture universitaire.

Enfin, et en guise de conclusion, le chercheur français pose une autre question : celle des enjeux économiques (pour les institutions éducatives) de l’adoption de cours de français pour publics spécifiques. Et l’on comprend l’écho qu’elle suscite parmi le public, et notamment parmi les dirigeants d’écoles de langues. En effet, est-ce économiquement rentable de créer des cours aussi spécialisés ?

Les enseignements spécialisés, l’avenir de l’enseignement du français ?

Emilie Flesch explique que l’objet de ce colloque obéit à une préoccupation croissante dans le réseau des alliances mais aussi d’autres institutions importantes, telle que l’IFAL au Mexique. « Alors que nous cherchions à développer cette offre localement, nous avons remarqué que beaucoup d’autres collègues étaient dans cette situation. Dès lors, pourquoi ne pas proposer ce colloque comme un point de départ, comme le début d’un effort de professionnalisation et d’une dynamique de formation continue pour pouvoir développer des offres de cours ? »

Car si les différentes certifications constituent toujours une part non négligeable des entrées financières des écoles de langues, celles-ci doivent de diversifier leur offre. D’autant que le panorama de l’enseignement des langues étrangères n’est guère engageant. Comme le note Jean-Jacques Richer, il y a peu de débouchés pour les enseignants français spécialisés en FLE. Selon lui, l’introduction d’une seconde langue comme le français dans le cursus scolaire national est évidemment pertinent, voir même stratégique. Mais ce, seulement et seulement si la langue devient un véritable moyen d’apprentissage.

Dans ce contexte, le français pour public spécifique représente une option de développement tout ce qu’il y a de plus sérieux. Il permet de se diversifier et donc de multiplier les heures de cours. Il permet également d’élargir le marché potentiel des écoles de langues. Enfin, ce type d’enseignement offre une autre image de ces écoles, plus ouvertes sur la société, l’économie et leurs évolutions. Pour autant, l’investissement initial est important pour les professeurs. Il faut s’acculturer, être très motivé, être prêt à réaliser un saut qualitatif, à abandonner les méthodes éprouvées et à s’aventurer dans des domaines non littéraires. Mais les résistances ne sont pas le seul fait des professeurs. Les institutions doivent aussi assurer les conditions matérielles nécessaires aux enseignants qui se lancent dans l’aventure et, surtout, les reconnaître. Personne ne l’a véritablement dit, mais parlerait-on également là d’une revalorisation financière des enseignants ?

Si Jean-Jacques Richer met en évidence les difficultés et les résistances de la mise en place d’un cours spécialisé, il conclut néanmoins sur une note optimiste : « l’avenir des institutions mais l’avenir du français tout court » réside dans la multiplication des cours F.O.S et F.O.U. insiste-t-il. Mais attention, cela n’est pas du bricolage !

« Sortir du Cadre » (Olivier Ortiz)

La thématique est certes pointue mais les échanges d’expériences sont riches et multiples. Djaouida Hamdani Kadri, directrice des programmes Langues et cultures étrangères à l’École de langues de l’Université du Québec à Montréal, explique ainsi la dynamique du cours (F.O.U.) qu’elle a lancé dans son université. Une expérience qui fait écho à la conférence magistrale du matin. Face à un public divers -les besoins d’un étudiant de chimie ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux d’un étudiant de sociologie-, le mot d’ordre est la création de contenus adaptés. Mais que sont les contenus dans un cours de langue ? Traditionnellement, il s’agit de la grammaire et du vocabulaire. Mais le cours de F.O.U sort de ce cadre pour répondre au besoin d’immersion disciplinaire et la réaquisition de techniques et d’outils méthodologiques dans une autre langue que la sienne. Djaouida Hamdani Kadri explique notamment que les problèmes des étudiants étrangers ne sont pas forcément liés à la terminologie de la discipline qu’ils maîtrisent assez bien, sinon à la vitesse des cours et donc à la prise de note.

Au final, F.O.S., F.O.U. et autre F.S. sont destinés à des étudiants ayant au préalable un bon niveau de français. A partir de là, s’ouvre un autre débat, celui des certifications. La certification « à la française » (DELF, le Diplôme d'études en langue française) assure un niveau de langue et suffit, selon la représentante de la Délégation québécoise, pour être accepté dans une université au Québec (à condition d’avoir un niveau B1 ou B2). Toutefois, l’Université du Québec (UQAM) semble privilégier une autre certification internationale du français (le TFI) pour valider le niveau des étudiants étrangers. Et l’inquiétude se fait sentir dans la salle, car beaucoup des professeurs présents préparent au DELF mais ne connaissent pas forcément le TFI !
Autre sujet transversal, celui de la localisation géographique des cours de F.O.U. Pourquoi n’est-il pas possible de suivre ces enseignements dans le pays d’origine ? Djaouida Hamdani Kadri, au risque d’être polémique, explique que l’immersion dans la culture de l’université d’accueil est essentielle. Une explication qui visiblement ne satisfait pas les institutions qui préparent les étudiants, notamment les boursiers mexicains, à partir dans un pays francophone.
L’après-midi donnera enfin l’occasion aux professeurs de retourner sur les bancs de l’école, dans le cadre d’ateliers-pratiques en petits groupes. Masiosarey a assisté à celui d’Olivier Ortiz, directeur des relations internationales au CAVILAM - Alliance française de Vichy. Et l’exercice est assez fascinant. Il s’agit de se mettre dans la peau d’un organisateur de cours spécialisé pour un professionnel (archéologue, ingénieur ou médecin). Et pour cela, nous explique Olivier Ortiz, il faut analyser les besoins d’apprentissage, s’acculturer (comprendre l’univers professionnel d’un archéologue, d’un ingénieur ou d’un médecin) pour "sortir du cadre" et finalement « rendre le français sexy ».
De quoi remotiver les troupes de professeurs, et faire fonctionner l’imagination.
©Masiosarey, 2018
POUR EN SAVOIR PLUS sur l'Alliance Française et le Cavilam Vichy...

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