De vin et d’amour ! Cédric Klapisch et Santiago Amigorena à Mexico


Dans le cadre du 21ème Tour de Ciné Francés, qui a débuté à Mexico le 8 septembre, le réalisateur Cédric Klapisch et le scénariste Santiago Amigorena étaient de passage dans la capitale pour présenter leur dernier opus, Ce qui nous lie (traduit en espagnol, El viñedo que nos une). Une mise en bouche qui donne envie de se précipiter au cinéma ... voir des films français bien sûr !

A l’occasion d’une conférence de presse organisée le 30 août dernier par Nueva Era Films, l’Ambassade de France au Mexique et Unifrance, le réalisateur et son scénariste se sont prêtés de bonne grâce au jeu des questions-réponses.

Cédric Klapish est entré dans l’histoire du jeune cinéma français en 1994, avec son second long-métrage, Le péril jeune, coécrit avec deux amis de lycée, Santiago Amigorena et Alexis Galmot, et initialement tourné pour la chaine Arte. Suivront dix autres films, qui auront tous ou presque su parler d’une génération –celle des actuels jeunes quarantenaires–, et dont vous connaissez au moins les titres pour avoir été dans toutes les bouches : Chacun cherche son chat (1996), Un air de famille (1996), L'Auberge espagnole (2002), Les Poupées russes (2005) ou encore Casse-tête chinois (2013)... Depuis quelques années, Cédric Klapisch a également commencé à explorer d’autres genres, tels que le documentaire et la série télévisée (Dix pour cent). Il est aussi revenu à la photographie, une passion ancienne.

Un film sur le vin et sur le temps qui passe

L’idée de Ce qui nous lie est née il y a dix ans maintenant, après que Cédric Klapish ait participé à des vendanges. De cette expérience, raconte le réalisateur passionné de photographie, est venue l’idée fixe de chercher « un arbre », pour « le suivre pendant un an et saisir le passage du temps ». Ainsi, et avec la collaboration du photographe Michel Baudoin, l’arbre a été trouvé, photographié et filmé, à intervalles réguliers. De ce premier projet a découlé le désir du film, sous le charme de cet arbre changeant au fil des saisons, que vous retrouverez d’ailleurs dans le film.

La nature et le temps, soit. Mais pourquoi un film sur le vin? Et pourquoi la Bourgogne ? Pour Cédric Klapisch, le vin est une « excuse pour parler de plein de choses » : de la famille, de l’âge, de l’empreinte de l’homme sur son l’environnement... Depuis des décennies, précise-t-il, son père n’achète du vin qu’en Bourgogne. C’est donc tout jeune que le réalisateur a découvert cette région, à partir du vin : « avec mes deux sœurs nous faisions des voyages de dégustation. Le vin c’est une culture, et il faut en boire beaucoup pour comprendre »... !

Pour sa part, Santiago Amigorena connaissait et appréciait la région pour y avoir déja travaillé. Et, entre ces deux amis de lycée, le projet est parti à toute allure. Le défi, admettent-ils, était de parler du temps qui passe sans sombrer dans la nostalgie. Car, comme le note Cédric Klapicsh –tout en signalant avec un sourire que sa mère et ses grands-parents maternels étaient psychanalystes– « (avec santiago) on aime les choses qui progressent ». Et Santiago Amigoreno de rebondir en insistant sur le fait que, pendant toute l’écriture, ils ont justement bien pris garde de ne pas tomber dans les clichés, en évitant notamment le « personnage classique du vieillard pour qui le vin n’a aucun secret ». Une prouesse pour un film sur le vin ! Une prouesse à porter en partie au crédit des deux grands enfants de Cédric Klapisch (19 et 17 ans), qui considéraient qu’un film sur le vin était inévitablement « un film de vieux ». En contrepied, Klapisch a donc voulu réaliser un film « qui fait rire et pleurer », sur un symbole éminemment et traditionnellement français, le vignoble, réactualisé et rendu compréhensible pour les jeunes générations. En bref : du bon usage de l’orgueil paternel...

Un réalisateur qui aime…

Cédric Klapisch est un réalisateur qui aime. Il aime le vin d’abord, et il aime le boire avec ses amis. C’est pourquoi il a proposé à Santiago Amigorena de se lancer dans ce projet avec lui. Et surtout, il aime ses acteurs. Sa filmographie montre d’ailleurs qu’il leur est fidèle et qu’il a même quelques acteurs fétiches. Toutefois, dans ce nouveau film, ce sont de jeunes interprètes avec qui il n’avait encore jamais travaillé qui tiennent l’affiche. Pensait-il à ces acteurs en particulier au moment de l’écriture ?

Cédric Klapisch raconte qu’il avait envie de travailler avec l’acteur Pio Marmaï. Le choix du deuxième frère, joué par François Civil, s’est ensuite très vite imposé. Dans leur cas, le casting n’a été qu’une vérification. Il fallait voir comment cela fonctionnait entre eux. Pour le rôle de la sœur, Juliette, les auditions ont été plus ouvertes. L’objectif était de trouver le troisième pilier de cette fratrie, l’alchimie la plus naturelle et crédible possible. Et Ana Girardot est apparue.

Santiago Amigorena revient alors sur les particularités du travail de scénariste avec Cédric Klapsich. Le réalisateur a besoin de temps et, surtout, besoin des acteurs pour affiner l’écriture de leurs rôles respectifs. Et comme le film a été tourné sur un an, ils ont eu le temps d’écrire, de réécrire et de faire évoluer leurs personnages, ajoute Amigorena avec un sourire. Klapisch a également demandé à ses acteurs de s’imprégner de la culture du vin : de visionner de nombreux documentaires sur le sujet, de rencontrer des vignerons afin d’avoir un geste crédible. « J’avais le désir de mélanger la technique documentaire et la fiction » souligne-t-il. Dans le film, les scènes de vendanges sont tout ce qu’il y a de plus authentique, et « avec de vrais vendangeurs ». Le réalisateur utilise aussi d’autres techniques, plus spontanées, qui montrent la proximité qu’il entretient avec les acteurs. Lors d’une fête, par exemple, il a filmé avec son téléphone son actrice Ana Girardot en état d’ébriété. Puis lui a montré la séquence. « Du coup, elle a pu imiter ce qu’elle faisait ».

En bref, le côté artisanal du cinéma, le plus proche du processus de création, fascine Cédric Klapisch. Et il aime d’ailleurs travailler avec une équipe resserrée. Une des raisons pour laquelle l’approche artisanale du vin le séduit justement.

Enfin, Cédric Klapisch aime le public. Pense-t-il au succès commercial du film lorsqu’il est en tournage ? « Oui et non », répond-il pensivement. Pour affirmer dans la foulée : « Je ne suis pas un réalisateur qui pense uniquement à la création, sans penser au public. Et j’y pense parce qu’avant tout je suis un spectateur ». Pour lui, les grands réalisateurs par excellence sont Scorsese et Fellini, justement parce qu’ils sont des créateurs qui s’adressent au grand public. « Résoudre cette équation, c’est faire du cinéma » assène-t-il en guise de définition.

Le Mexique, « un grand pays de cinéma, aujourd’hui » (Santiago Amigorena)

La question du regard que pose ces deux professionnels sur le cinéma mexicain pouvait difficilement manquer. Santiago Amigorena y répond avec élégance et modestie. S’il place sans aucun doute le Mexique parmi les grands pays de cinéma aujourd’hui, il admet également qu’il est difficile pour lui, latino-américain, de dire comment ce cinéma est perçu en France.

Pour sa part, Klapisch distingue deux cinémas mexicains. D’une part, un cinéma produit aux Etats-Unis, et à travers lequel on peut voir à quel point les réalisateurs mexicains « ne sont pas comme les américains, tout en étant dans le système ». Et, d’autre part, un cinéma d’art et d’essai nourri des nuances et des contradictions intimes du pays, comme celui de Reygadas. Mais, regrette-t-il, il connait moins ce deuxième pan. Cédric Klapisch précise qu’il était déjà venu au Mexique il y a 8 ans, et que, déjà, il avait été marqué par les similitudes entre la France et le Mexique. Dans les deux pays, « on a pas du tout envie d’être comparés avec les Etats-Unis » s’amuse-t-il. Et, dans les deux pays, la culture nationale et locale est forte et structurée.

Car avoir une culture forte, et en particulier une culture cinématographique, est un atout énorme : pour un individu, comme pour une communauté ou un public donné. La culture pousse à la curiosité, et la curiosité amène à élargir ses horizons. « La France (notamment Paris) est le pays où l’on voit le plus de cinéma étranger. Cela non pas parce que les français et parisiens sont des cinéphiles nés ; mais parce qu’il existe un environnement culturel qui pousse à ça » affirme Cédric Klapisch. Et le même phénomène s’observe, ici au Mexique, et par exemple à la Cinémathèque de Mexico : « un goût pour la découverte de visions du monde culturellement différentes ».

Souhaitons que cette curiosité pousse un public nombreux dans les salles pour goûter à la sélection de films de la cuvée 2017 du Tour de ciné francés !

© masiosarey, 2017

Le 21e Tour de cine frances, du 8 septembre au 19 octobre 2017 : 7 films et 25 courts métrages sous-titrés en espagnol, à l’affiche pendant 2 à 3 semaines dans 74 villes du pays.

Au premier semestre et en préambule à la sortie de son film, Cédric Klapish avait présenté à la Galerie Cinéma Anne-Dominique Toussaint à Paris, une sélection de 40 photographies de la Bourgogne viticole et rurale, intitulée "Nature humaine". Vous pouvez également retrouver les photographies de Cédric Klapish sur son compte instagram.

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