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  • Masiosarey

"Un petit Cachou, Karpov?" Le Magnifique, 1973


Il a quarante-six ans et n'a pas pris une ride! Le Magnifique, film de Philippe de Broca avec "Bébel", Jean-Paul Belmondo, le grandiose ersatz d'espion Bob Saint-Clare, nous régale de sons et de paysages mexicains. Le scénario part d'une idée de Francis Veber, qui aime décidément le Mexique (voir Masiosarey), mais qui décidera finalement de ne pas figurer au générique, à cause d'un vif désaccord avec le réalisateur. L'histoire est celle d'un écrivain raté, François Merlin, qui vit à travers son personnage de fiction, l'espion Bob Saint-Clare. Et, pour notre plus grand plaisir, Jean-Paul Belmondo incarne les deux personnages.


Acapulco et Teotihuacán?

Le film ouvre sur une trompette de mariachi, une fête mexicaine, vibrante de sons et de couleurs : "Je voulais commencer par quelque chose de très exotique, pour [faire] savoir que nous ne sommes pas en Insulinde ou Porte de Bagnolet" explique le réalisateur Philippe de Broca*. Et, pas de doutes, nous sommes bien au Mexique. Mais où exactement? Les paris sont lancés... Pour notre part, nous posons une option sur Puerto Vallarta ("une petite ville" selon Broca).... Toutefois, il est évident que le réalisateur a aussi posé ses caméras à Acapulco. Pour preuve, la voiture décapotable de Bob Saint-Clare passe à côté d'un splendide Hôtel Princess, sur une Costera Miguel Alemán quasiment vide de constructions.

Mais, après un petit passage foudroyant par la piscine (Bob laisse tomber sa pilule de cyanure dans l'eau) de l'Hôtel Princess, Bob et Tatiana (Jacqueline Bisset) se retrouvent soudainement à l'ombre d'une paillote, dont l'aménagement est une ode au kitsch seventies, sur une plage de Puerto Vallarta. Et puis, Bob et Tatiana sont kidnappés et atterrissent en un rien de temps à Teotihuacán. La pyramide en arrière-plan --"très impressionnante" selon de Broca--, les cactus... : on ne pourrait pas être "plus" au Mexique. Le réalisateur raconte que lors de la scène où l'hélicoptère survole la pyramide de la lune à Teotihuacán, il faisait gris. "Mexico est très très polluée et ça va jusqu'a Teotihuacán qui est à 60 km quand même." Comme quoi, il y a des choses qui ne changent pas vraiment!

En revanche, ne vous y trompez pas : la scène où le chef de Bob est compacté dans sa voiture n'a pas été tournée à Mexico, même si un mexicain (habillé en blanc et portant... un sombrero) est assis dans un coin.

Facile de tourner au Mexique?

Visiblement non. Les tuiles s'enchaînent lors du tournage au Mexique. Jean-Paul se fait mal en réalisant une cascade (alors qu'il saute hors d'une voiture en marche sur une route panoramique). Le laboratoire mexicain chargé de développer les pellicules abîme des négatifs. Surtout, l'équipe du film s'est visiblement trompée de saison. De Broca raconte qu'il avait effectué les repérage pendant la saison des pluies, et avait été frappé par la "végétation somptueuse". Manque de chance, à l'époque où le tournage débute, tout est sec. Le producteur décide donc d'interrompre le tournage huit jours, le temps de repérer de nouvelles localisations ailleurs dans le pays. Huit jours pendant lesquels, les acteurs bronzent sur les plages de l'Etat de Jalisco...

Malgré tout ces tracas, et lorsqu'on lui demande s'il préfère tourner à Paris ou au Mexique, de Broca avoue : "je déteste tourner à Paris". Nous en déduirons donc qu'il préfère tourner au Mexique ! D'autant qu'il a découvert un autre aspect tout à fait plaisant de ce pays : la téquila. "La tequila rend très mexicain, très chaud", déclare le réalisateur qui fête ses quarante ans en même temps que Jean Paul Belmondo pendant le tournage.

Le pays est une source d'inspiration pour toute l'équipe, et d'abord, pour les décorateurs. La scène dans laquelle Bob Saint-Clare est torturé par l'abominable Karpov (Vittorio Caprioli, très inspiré en espadrilles) se déroule dans un décor d'intérieur de temple, mélange probablement peu authentique, d'éléments aztèques et mayas, avec une touche précolombienne. C'est d'ailleurs dans cette scène que Bob Saint-Clare a cette tirade grandiose : "Un petit Cachou, Karpov?"**. Une inspiration pour les musiciens également, car dans le film la musique mexicaine est irrémédiablement associée au bonheur. Lorsque François Merlin est heureux, les trompettes sonnent sous le soleil du Mexique pour Bob Saint-Clare. De Broca précise que le groupe de mariachi a suivi l'équipe pendant tout le tournage au Mexique. Si Cucurrucucú Paloma n'est pas votre chanson de mariachi favorite, c'est que vous n'avez jamais vu Le Magnifique...

Les scènes improbables aujourd'hui

Une cabine téléphonique : un hélicoptère attrape la cabine dans laquelle un espion téléphone, la soulève et la jette en mer, où un requin se précipite sur l'infortuné utilisateur. Huit jours de tournage avaient été nécessaires pour tourner les quelques plans sous-marins. Aujourd'hui, il faudrait bien plus de temps pour trouver une telle cabine téléphonique.

La compagnie aérienne fantôme : Jean-Paul, alias Bob Saint-Clare, descend d'un avion de Mexicana de aviación. Cette compagnie, fondée en 1921, a cessé ses activités en 2010, sur fond de scandale financier et de grève du personnel naviguant.

Le bruit des balles : lorsque Belmondo utilise une arme, il préfère le silencieux. Le son de la déflagration rappelle sans équivoque les échanges musclés d'un autre film culte Les Tontons flingueurs, de 1963 (où soit dit en passant, il y a aussi un mexicain!).

Politiquement incorrect : Bob Saint-Clare a la main décidément bien baladeuse. Il n'arrête pas de la poser sur la pauvre Tatiana, qui n'a pas l'air d'apprécier particulièrement. A l'heure du MeToo, les scènes seraient probablement censurées.

Ce n'est pas une pipe! Les étudiants de la Sorbonne fumaient la pipe à l'époque, et ce dans les amphis...

Stéréotypes : un mexicain, coiffé d'un "sombrero", paliacate autour du cou et arborant une belle moustache de révolutionnaire, est en train de peindre la ligne blanche de la route. Bob Saint-Clare décide de tirer dans un des pneus et la ligne déraille! "Je trouvais ça bizarre, ce camion qui traçait une ligne blanche devant nous" déclare Bob Saint-Clare à Tatiana, étonnée. Etonnés, nous le sommes aussi. Si les mexicains réalisent toujours les lignes blanches à la main, ces opérations de maintenance sont de plus en plus rarement observables et il est probable que l'uniforme des agents de la voirie ait quelque peu changé .

Nos scènes favorites

La traduction simultanée : une scène d'anthologie. Un espion croate est sur un lit d'hôpital, autour de lui une flopée de traducteurs de différentes langues dépêchés à son chevet pour tenter de traduire ces propos : "Aaaaaah, je meurs!"

"Lorsque je vois une abeille..." explique Bob Saint-Clare à une Tatiana de marbre... "Pardon... [Bob sort son silencieux] ... poum" : un mexicain tombe d'un palmier.

La scène où les mariachis donnent des conseils à Bob pour faire démarrer sa voiture est, pour le coup, très crédible.

Un clin d'oeil à tous les thésards du monde entier : "Mais ça n'intéresse personne! Tout le monde s'en fout de votre thèse" déclare François Merlin à Christine (le pendant parisien de Tatiana au Mexique).

Enfin, une dernière énigme à vous soumettre : qui mange encore des Cachous à notre époque?

© Masiosarey, 2019

*Toutes les informations sont tirées de la version du film commenté par le réalisateur Philippe de Broca.

**En référence, pour ceux qui n'auraient pas vu le film (mais y en a-t-ils vraiment?), aux cachous (Lajaunie) que propose toujours l'éditeur détestable de François Merlin, à Paris.


#LeMagnifique #JeanPaulBelmondo #cinéma #LeMexique #PhilippedeBroca #BobSaintClare

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