Triste Semaine Sainte. 15 avril 2019


Il est de ces nouvelles qui opacifient tout le reste. En ce début de Semaine Sainte, les médias mexicains, à l'instar de leurs homologues du monde entier, sont saisis d'une immense tristesse en diffusant les images de l'embrasement de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Les faits

L'incendie est toujours en cours lorsque les premiers médias mexicains relaient la nouvelle (Milenio, La Vanguardia, El Economista). Et la couverture de l'évènement commence par les traditionnels articles factuels, accompagnés des premières images du toit de la célèbre cathédrale dévoré par les flammes. El Universal reprend la note informative de l'Agence EFE et les premiers témoignages qui circulent : beaucoup de fumée se dégageait de l'arrière de la basilique; fumée attribuée alors aux travaux de rénovation en cours. El Excelsior relate la manière dont les français se réunissent spontanément pour prier et entonner la Marseillaise. A ce moment, encore peu d'éléments explicatifs sont disponibles sur les causes de l'incendie.

Aides plus ou moins (in)confortables

Suivent les manifestations officielles de sympathie et de solidarité, toutes, bien entendu, véhiculées par le canal officiel de communication du nouveau millénaire, Twitter. Ainsi, Andrès Manuel López Obrador, président du Mexique, twitte-t-il "Je déplore l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une grande tragédie pour l'art, la culture et la religion" (Milenio). Marcelo Ebrard, ministre des relations étrangères, plus rapide en tweet, l'avait pour sa part précédé, en mettant à disposition l'appui et le soutien du peuple mexicain et du gouvernement pour la reconstruction à venir (Proceso). Un juste retour à l'envoyeur car on se rappellera que la France avait proposé son aide lorsque le Mexique avait été touché par le terrible tremblement de terre de septembre 2017. Et comme il semblerait que toute déclaration officielle des ministres mexicains soit immédiatement commentée, mal interprétée et critiquée, Marcelo Ebrard a dû compléter son premier tweet en expliquant que le Mexique possède sans conteste une expertise en matière de reconstruction du patrimoine architectural, en citant l'exemple de la reconstruction de la cathédrale métropolitaine dans les années 80 (toujours Proceso).

Enlace Judío rapporte qu'Israël, par le bais de son Ministre des relations extérieures, de l'intelligence et du transport Yisrael Katz, s'unit à la tristesse des français et déplore l'accident qui affecte "ce symbole mondial de la civilisation". Les fonctions à rallonge de ce ministre sont peut-être le plus surprenant de l'article...

On connaissait moins l'intérêt du président Donald Trump pour les monuments historiques et surtout qu'il était un expert en matière de lutte anti-incendie : "Il faut peut-être utiliser des avions réservoirs pour jeter de l'eau et en finir rapidement" écrit-il (El Excelsior). Du tac au tac, Milenio et La Jornada ont immédiatement repris une note AFP donnant la parole à la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises française : "Le largage d’eau par avion sur ce type d’édifice pourrait en effet entraîner l’effondrement de l’intégralité de la structure" et "fragiliserait " le quartier.

Les stars pleurent Notre-Dame

Un évènement dramatique ne le serait pas tout à fait si les personnalités de tous bords ne manifestaient pas, également, leur empathie "twitteuse" ou "instagrameuse". Ainsi, apprenons-nous que Salma Hayek, qui est quand même l'icône mexicaine française par excellence, "est choquée" par l'incendie. L'occasion pour El Universal de rapporter la généreuse donation de 100 millions d'euros offerte par la famille politique de Salma, les Pinault, pour la reconstruction de la cathédrale. Une somme qui est convertie en 112 millions de dollars par le quotidien de Monterrey El Horizonte.

Le monde du football est lui aussi en deuil. El Excelsior reprend la réaction du footballer le plus français de la ligue mexicaine, André Pierre Gignac, qui évolue chez les Tigres de Monterrey. Puis, dans la foulée, le quotidien liste les réactions des footballeurs français Ribéry, Zidane, Mpabé et Pogba...

Les polémiques

Là encore, un drame ne serait pas, non plus, une actualité brûlante sans polémiques. Et la première au Mexique concerne "un ex-candidat à la présidence" (El Imparcial) qui va rendre virale une faute de frappe ("erreur de doigt"... ou un acte manqué, c'est selon) : José Antonio Meade est peut-être le seul au monde "à sentir un vide et une tristesse terrible" à cause de l'incendie de "Norte Dame" (sic). En quelques minutes, le hashtag #nortedame sera diffusé plus de 20.000 fois. El Imparcial démontre, s'il était nécessaire, que dans les moments les plus sombres, les mexicains ont toujours de l'humour et de l'autodérision, avec un titre faisant référence au "dedazo", cette antique pratique politique du régime priiste qui permettait au président de la République en exercice de désigner le futur candidat à sa succession.

El Imparcial, toujours, s'inquiète du sort que l'incendie réserve à la "couronne d'épines que supposément portait Jesus Christ". Et de reprendre l'historique qu'effectue Roberto O'farill à propos des reliques les plus prestigieuses de Notre-Dame : la couronne d'épine dont les soldats romains auraient orné la tête de Jésus, un clou de sa crucifixion et un bout de bois de la Croix. Le Figaro, plus prudemment, explique que la couronne d'épine et la tunique de Saint Louis ont finalement été sauvées et que les catholiques "croient" que cette couronne est bien celle de Jésus. Une question de foi qui se discute peu...

Merca2.0 n'hésite pas à mettre en cause YouTube, qui aurait été accusé de mettre en relation l'incendie de Notre-Dame et l'attaque du World Trade Center en 2001! Un titre racoleur qui annonce un article finalement fort décevant (pour les lecteurs en manque d'émotions fortes ou de fake news). Le site Merca2 revient ainsi longuement sur la création de YouTube, sur le nombre de vidéos et d'utilisateurs que comptabilise cette plateforme, et nous explique en conclusion que son software a apparement fait une erreur en confondant les deux évènements. Bonne (ou mauvaise, c'est selon!) nouvelle pour notre humanité perfectible: l'erreur n'est pas seulement humaine, les algorithmes aussi en font! L'entreprise a immédiatement pris des mesures pour corriger la faute.

Enfin Proceso, qui semble aimer les titres polémiques, se demande à l'instar des français "Pourquoi ils ont laissé le feu se propager tellement?". Sur la base d'un reportage qu'aurait réalisé Le Figaro auprès de citoyens français consternés, l'article ne reprend à aucun moment le questionnement soulevé dans le titre, pour s'orienter plutôt vers l'exposition de l'histoire de la cathédrale et sa relation avec le Mexique. C'est en effet l'un des seuls articles à évoquer la chapelle dédiée à la Vierge de Guadalupe et de rappeler le suicide de l'écrivain mexicaine Antonieta Rivas Mercado en 1931.

Et voilà donc, une inconnue qui affecte probablement les mexicains qui ont eu l'occasion un jour de passer dans la nef de la belle Notre-Dame : qu'est devenue la chapelle qui abrite l'image de la Vierge de Guadalupe?


@Masiosarey, 2019


#Médiasfrancophones #NotreDamedeParis #NotreDame

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