Avis de tempête (et autres coups de téléphone houleux). Semaine du 26 février au 4 mars 2018


Semaine pour le moins tendue entre les Etats-Unis, le Mexique… et le reste du monde (et, probablement aussi, entre Donald Trump et son administration). Tout d’abord, RFI (25/02/2018) et Courrier international (26/02/2018) nous informent que le président mexicain a décidé d’annuler –pour la deuxième fois en treize mois– sa visite aux Etats-Unis, suite à « un coup de téléphone houleux » le 20 février dernier. La semaine commençait donc mal, même si, comme l’explique Courrier international citant The Washington Post, rencontrer Donald Trump en ce moment n’était de toute façon « pas vraiment une bonne idée » : en pleine renégociation de l’Alena et à quelques mois des élections présidentielles mexicaines.

Et voilà que quelques jours après, Les Echos et Courrier International (01/03/2018) annoncent ni plus ni moins le départ de l’Ambassadrice des Etats-Unis au Mexique, Roberta S. Jacobson, qui était en poste à México depuis deux ans. Son départ sera effectif en mai prochain et son successeur aurait, apparemment, été trouvé (selon The New York Times). Roberta S. Jacobson, pour sa part, s’est contentée de diffuser le message suivant : « Je porte le Mexique dans mon cœur et mon âme, et je continuerai à le faire car je suis fidèle à ma philosophie : ensemble, nous sommes plus forts ! ». Comprenne qui voudra…

Cette annonce, faite alors même que la 7ème ronde de négociation de l’Alena bat son plein dans la capitale mexicaine, ne semblait pas de bon augure. Et la presse francophone était au diapason. Le Monde (01/03/2018) relayait l’étude de l’assureur-crédit Coface sur le secteur automobile mexicain, publiée le mardi 27 février. Et selon, ce document, les enjeux (et les défis) sont considérables pour un secteur éminemment dépendant et qui génèrerait aujourd’hui près de 1,7 million d’emplois directs ou indirects. Pour leur part, Les Inrockuptibles (03/03/18) racontait l’histoire d’Israel Concha, fondateur de l'association New Comienzos, qui aide les jeunes immigrés ayant grandi aux Etats-Unis et récemment expulsés à refaire leur vie au Mexique. Et, là aussi, nous explique la magazine, les défis sont nombreux... et douloureux : déchirements identitaires, multiples pièges tendus par la délinquance organisée, malentendus culturels et, surtout, immobilisme des autorités mexicaines.

ECONOMIE

Cette semaine, Donald Trump n’était pas avare en coups de théâtre. Après l’annonce, jeudi, de la mise en place par les Etats-Unis de droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur l’aluminium, Libération et Le Monde (02/03/2018) publient chacun un entretien-décryptage avec un économiste : Philippe Chalmin, pour Libération, et Lionel Fontagné, pour Le Monde. Le second est plus disserte, notamment sur les possibles répercussions de cette décision pour le Canada, premier fournisseur d’acier aux États-Unis (pour un montant annuel de 5 milliards de dollars), la Corée du Sud, le Brésil et le Mexique (qui exportent pour leur part environ 2 milliards de dollars d’acier chacun). Dimanche, Le Journal de Montréal et le site Revenu (04/03/2018) notaient d’ailleurs avec préoccupation qu’aucun pays, pas même le Canada, ne devrait être exempté de ces taxes douanières. En effet, à en croire Peter Navarro, le conseiller du président Trump : «Si vous exemptez le Canada, alors vous devez imposer de gros, gros tarifs sur tous les autres» pays. Voilà qui ne va certes pas simplifier les renégociations de l’Alena…

Du côté des renégociations en cours autour de l’accord commercial entre le Mexique et l’Union européenne, Le Point (27/02/2018) nous explique que la situation, elle aussi, traine un peu, sans être toutefois aussi tendue. Si la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a confirmé mardi vouloir trouver un compromis au premier semestre. Elle admet également qu"il y a encore des points à régler »… notamment sur la question des exportations automobiles mexicaines en UE. Car une part importante (jusqu’à 65%) des pièces de ces voitures proviendraient d'autres pays, comme les Etats-Unis. Et, pour l’UE, il est hors de question que le Mexique serve de plateforme pour faire passer des productions étasuniennes vers l'Europe… Encore des règles d'origines au coeur des négociations et l'on comprend enfin l'inflexibilité des Etats-Unis sur ce point dans le cadre de l'ALENA! Bref, précise le secrétaire d'Etat français auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne « les choses sont en mode pause".

Mais tout ne va pas mal pour tout le monde. Le site AirCosmos (28/02/2018) nous apprend en effet que l’entreprise mexicaine Pegaso vient d’acquérir son quatrième hélicoptère Airbus H175, qui assurera à partir de 2019 le transporte du personnel de l’entreprise vers les plateformes pétrolières du Golfe du Mexique. Le site nous rappelle qu’Airbus a déjà vendu 100 hélicoptères de ce type, dont 22 sont en exploitation au Mexique.

De son côté, L’Express (03/03/2018) nous annonce que Heineken vient d’inaugurer, mardi, sa septième usine de production au Mexique. Située à Meoqui, dans l’état de Chihuahua, cette méga-brasserie –qui a coûté la bagatelle d’un demi-milliard de dollars– sera capable de produire à elle toute seule la moitié de toute la production européenne et « abreuvera » les marchés d'Amérique du Nord… Conclusion Trump ne fait pas peur aux brasseurs.

SOCIETE

« Une tempête politique majeure s’annonce au sud du Rio Grande »… ce n'est pas nous qui l'écrivons, mais Le Soleil (03/03/2018), qui publie un long article, sous forme de diagnostic, sur l'actuelle situation sociale du Mexique, et sur le sentiment de ras-le-bol qui monte parmi la population à quelques mois des élections. Et le journaliste de citer le dernier rapport de l’organisation Transparency International, qui classe le Mexique au 123e rang (sur 176 pays) des pays les moins corrompus. En 2015, signale-t-il, les dessous-de-table et les pots-de-vin auraient coûté 53 milliards de USD à l’économie du pays.

Corruption justement : Le Monde (26/02/2018), Courrier International, citant Reporte Indigo (26/02/2018) et Benin Web TV (01/03/2018) racontent l’arrestation de 4 policiers de l’état de Jalisco pour avoir enlevé et remis au crime organisé (en contrepartie de 43 euros) trois ressortissants italiens qui se trouvaient, selon leur famille, au Mexique pour y vendre des générateurs électriques. Les quatre policiers risquent une peine de quarante à soixante ans de prison. Le directeur de la police locale a, quant à lui, disparu depuis cinq jours, « laissant penser qu’il serait lui aussi impliqué dans ces disparitions forcées ».

Cette semaine, Le Monde (27/02/2018) revient également sur le procès de dix-neuf anciens policiers de l’état de Veracruz, qui met au grand jour l’existence d’escadrons de la mort au sein même des forces de l’ordre régionales, de 2013 à 2016, sous le mandat de l’ancien gouverneur de Veracruz, Javier Duarte (aujourd’hui en prison). Des révélations qui, souligne le quotidien, éclaboussent le parti au pouvoir, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), dans un pays qui compte plus de 34 000 disparus.

Et puis, beaucoup moins grave, mais évidemment fâcheux, TVA Nouvelles (28/02/2018) nous apprend que le ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, et son chef de cabinet ont été victimes d’un pickpocket lors de leur dernier déplacement au Mexique, à l’occasion du Forum minier qui se tenait dans la capitale début février. Afin de réaliser des économies, le conseil exécutif n’avait pas jugé bon d’envoyer de garde du corps pour accompagner les deux représentants du gouvernement. Résultat : le téléphone cellulaire ministériel a été subtilisé en quelques secondes...

TOURISME (SUITE)

Le journal de Montréal (3/03/2018) (peut-être en échos aux excellents résultats du Mexique en matière de tourisme en 2017 salués la semaine dernière par plusieurs médias francophones) publie un reportage enthousiaste sur le nouveau complexe hôtelier Riu installé sur un bout de côte encore relativement désert du Quintana Roo : 740 chambres, 6 piscines, 5 restaurants et… une plage officiellement publique, mais « tellement éloignée des autres que l’on a vraiment droit à une plage privée »…

Mais gare à vous si vous visionnez dans la foulée le reportage, beaucoup plus mitigé, de France TV Info (3/03/2018) sur les effets du développement accéléré de ce secteur : l’enthousiasme du Journal de Montréal risquerait bien de tomber à plat. A partir du cas de Tulum, pourtant longtemps épargné par la "bétonisation" de la Riviera Maya, le média français fait un constat amer sur la fin annoncée d’un paradis devenu, ces 10 dernières années, la cible d’entrepreneurs immobiliers et touristiques de tous horizons.

RELATIONS DE GENRES

Pour conclure cette revue de presse, nous vous invitons à lire le reportage publié par Le Dauphiné Libéré (27/02/2018) et relayé par FranceInfo (28/02/2018) sur une dimension peu connue de la Lucha libre : celle de la « guerre des sexes », qui oppose lutteuses et lutteurs sur le ring. Suastica, la mère du lutteur «Guerrero Nazi», Brillo de Luna, également mère de trois (jeunes) enfants, Princesa Legna ou encore Lilly Star… autant de personnalités hors du commun et qui ont choisi d’affronter le machisme à leur façon. Une pratique frontale et étonnante, mais qui n’est pas sans poser un vrai débat. A lire donc...

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