Pour une histoire des désastres au Mexique


Si vous ne l'avez pas encore lu, acheté ou repéré, nous vous conseillons sérieusement de vous précipiter dans les kiosques à journaux pour vous procurer le numéro 149 (janvier-février 2018) de la célèbre revue de divulgation Arqueología mexicana. A l'occasion d'un dossier spécial sur les désastres au Mexique, cinq chercheurs reviennent sur des catastrophes naturelles ayant eu des conséquences terribles pour le pays. Sécheresses, inondations, famines et tremblements de terre... autant d'évènements qui participent à l'explication de pans pas toujours élucidés de l'histoire du Mexique.

L'article de Leonardo López pourrait être le récit d'une enquête policière : en 1980, sur le site du Templo Mayor, récemment mis à jour, l'archéologue est chargé d'enquêter sur l'Offrande 48, une boîte dans laquelle ont été retrouvés les cadavres de 42 enfants (22 garçons et 8 filles). La découverte, confrontée aux récits historiques du XVIème siècle, confirme qu'il s'agissait d'une offrande au dieu de la pluie aztèque, Tlaloc. Mais l'énigme se corse, car le nombre de sacrifices simultanés est inusuel... A la lumière d'un calendrier de basalte retrouvé sur une façade du Templo Mayor et des travaux de l'archéologue Aflonso Caso, l'enquête avance : le sacrifice coïnciderait avec la terrible sécheresse de 1454...

Eduardo Matos Moctezuma (actuellement l'un des archéologues les plus reconnus au Mexique) s'intéresse, pour sa part, aux inondations qui ravagèrent régulièrement la ville de Tenochtitlán, et notamment à celle de 1499. Cette recherche lui permet de mettre en lumière les liens entre catastrophes naturelles et anthropisation du milieu; car c'est à la suite de la construction d'un aqueduc ralliant Coyoacán à la ville de Tenochtitlán, qu'une énorme inondation survint. Un cas qui fait étrangement écho avec l'actualité...

Mercedes de la Garza s'attèle quant à elle à un mystère de taille : la chute des principales villes mayas de Copán, Tikal, Calakmul et Palenque entre 800 et 900 après JC. Près de 90 théories tentent d'expliquer "le grand effondrement Maya". L'une d'entre elles est la concomitance d'un système politico-social en déséquilibre avec son environnement et d'un changement climatique "terrible". Identifiée pour la première fois en 1931, cette conjonction climatique exceptionnelle aurait effectivement associé un refroidissement extrême dans l'hémisphère nord à une sècheresse brutale en Mésoamérique. Un phénomène qui se serait d'ailleurs reproduit au XXème siècle... Des théories, bien évidemment toujours en débat...

L'historien Thomas Calvo, lui, s'intéresse aux crises de subsistance et à leurs liens avec les émeutes dans la ville de Mexico. A partir des travaux d'Emmanuel Le Roy Ladurie sur le climat à l'époque moderne, Thomas Calvo explore l'impact du "Petit âge de glace" (daté en Europe entre 1645 et 1715) au Mexique. En juin 1691, une tempête détruit les récoltes de céréales du centre du pays, ce qui provoque une pénurie et une montée des prix. Et l'historien de proposer une très intéressante "tropicalisation" de l'analyse des crises de subsistance : en interdisant les récoltes pour certains types de blés, les règlementations locales maintenaient artificiellement des prix élevés, fragilisaient les marchés... et jouaient avec le feu. Une explication climatique qui ne néglige cependant pas les ressors plus dramatiquement humains de l'affaire : avarice et spéculation.

Enfin, Virginia García Acosta, qui plaide pour une histoire sociale des désastres naturels, évoque la question de l'origine divine ou naturelle des tremblements de terre pour les mexicains. Au XVIème siècle, les croyances et explications qui associent le séisme à un châtiment divin sont aussi répandues en Europe que dans les Amériques. Et comme, en ces temps reculés, le temps était religieux, García Acosta nous apprend que le tremblement de terre du 24 décembre 1545 dura trois psaumes et un miserere, alors que celui du 7 octobre 1616 dura le temps de deux crédos... Et pour lutter, sinon efficacement, du moins psychologiquement, contre la récurrence des tremblements de terre, vous pouviez toujours, à l'époque, vous vouer à un ou plusieurs saints (Saint Joseph à Mexico, Saint Philippe de Jesus à Colima ou encore Saint Sébastien). Cet article vous apprendra enfin que la loi des séries existe aussi pour les tremblements de terre, comme l'atteste la succession de séismes documentée au milieu du XVIIème siècle : le 29 juin 1753, le 30 août 1754 et, le plus fort, le 4 avril 1768. Comme quoi, tous les grands tremblements de terre à Mexico n'ont pas lieu un 19 septembre!

©Masiosarey, 2018

Revue Arqueología Mexicana, Desastres en México,

Nº149, Janvier-Février 2018

80$

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