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Le séisme dans la presse francophone


La presse francophone s'est largement mobilisée pour couvrir le séisme de magnitude 7,1 qui a secoué le centre du Mexique ce 19 septembre 2017.

A presque une semaine de la catastrophe, nous vous proposons une petite mise en perspective de l'information diffusée pendant ces cinq derniers jours.

Spoiler : La palme de la meilleure info revient au Huffington Post qui propose un reportage vidéo extrêmement intéressant sur les différences entre les tremblements de terre de 1985 et celui de 2017, en se fondant sur les explications d'un sismologue de l'Université de Strasbourg.

Recueillir des témoignages

Comment des individus comme vous et moi ont-il vécu le moment de la tragédie? Dès les premières heures qui ont suivi les secousses, les principaux médias ont tenté de répondre à cette interrogation presque obsessionnelle. Le Journal de Montréal (19/09/2017, 21h14) a ainsi ouvert ses colonnes à une jeune québécoise qui était justement à Mexico ce jour-là. RTL (20/09/2017) a proposé dans son journal du matin plusieurs interviews de mexicains et de résidents français à Mexico. Europe 1, pour sa part, a pu interroger très tôt Freddy et Hugo, deux français résidents au Mexique. FranceInfoTV (20/09/2017) a recueilli les premières impressions d'un salarié français travaillant au 9e étage d'une tour de Mexico.

La parole a également largement été donnée aux correspondants sur place des grands médias, Et tous de raconter une expérience commune : on réalise à peine, on essaie de se sauver, on constate les dégâts. Le journaliste Rémi Vorano a eu le temps d'attraper ses chaussures (France 3, 20/09/2017), Le journaliste Raphaël Laurent témoigne sur LCI (20/09/2017) de sa peur et de sa tristesse, car il vient de voir son ancien immeuble effondré.

La presse locale, quant à elle, donne la priorité aux témoignages des "ressortissants" de ses régions. A l'image de la Presse de la Manche (21/09/2017) qui a pu contacter une archéologue cherbourgeoise, ou encore de Sud-Ouest (21/09/2017) qui a recueilli le témoignage d'une périgourdine de 28 ans. La Dépêche (22/09/2017) raconte l'histoire de Stéphanie, originaire d'Izaux, qui vit depuis 15 ans au Mexique, dans l'état de Puebla, et qui a tout perdu. La presse locale relaie également les initiatives de solidarité des résidents mexicains installés à l'étranger, à l'image de La Dépêche (21/09/2017) qui rapporte la mobilisation des mexicains de Toulouse. Quant au magazine marocain Le360 (20/09/2017), il a eu la primeure d'une déclaration de l'ambassadeur du Maroc au Mexique, M. Mohamed Chafiki, qui a confirmé la violence du séisme et a rassuré sur la situation des 170 Marocains résidant dans la capitale mexicaine.

Dans le même esprit, la Radio Télévision Suisse Romande nous apprend qu'une délégation d'entrepreneurs jurassiens a "échappé au pire" ; leur représentant, le ministre jurassien de l'Economie et de la Santé Jacques Gerber, joint au téléphone par la RTS, se voulant toutefois nettement moins alarmiste (ils se se trouvaient à 200 kilomètres au nord de la capitale et ont appris la nouvelle par les réseaux). Radio Canada (21/09/2017) s'illustre elle aussi dans la catégorie "titre spectaculaire", en annonçant qu'une employée de l'Université de Regina avait survécu au tremblement de terre... tout comme près de 8 millions d'habitants de la ville de Mexico d'ailleurs (moins les 182 victimes dénombrées dans la ville). Faisait-elle partie des rescapés, l'avait-on sortie des décombres au prix d'efforts surhumains, nous raconterait-elle ses heures d'angoisse?... le lecteur apprendra finalement que cette charmante dame était à l'aéroport où elle venait d'atterrir, qu'elle a senti les secousses et qu'elle est repartie au Canada.

L'actualisation du bilan des victimes : un exercice de style

Après les témoignages de quidams, il s'agit de l'autre variation incontournable de toute couverture d'une catastrophe. Pas d'informations substantiellement nouvelles, sinon une litanie redondante et terrible : le décompte des infortunés comme échelle de mesure de la gravité d'un évènement en cours de l'autre côté de la planète, France Soir, La Tribune de Geneve et Libération (19/09/2017) annonceront assez vite dans la soirée du 19 septembre 49 victimes. Puis les chiffres ne cesseront de grimper : 65 victimes selon Le Républicain lorrain (19/09/2017), 91 selon FranceInfoTV (19/09/2017), 98 selon Le Temps (19/09/2017), 150 selon 20 Minutes et Challenges (20/09/2017), 216 selon Ouest France et la RTBF (20/09/2017), quasiment au même moment 224 selon Le360/AFP, Ce dimanche, le dernier bilan du séisme de mardi faisait état de 307 morts. Et, après la dernière réplique importante, L’Express (24/09/2017) titrait à nouveau "Mexico: un nouveau séisme de magnitude 6,1, le bilan s'alourdit". Pour poursuivre : "Aucun dégât n'a pour l'instant été constaté après le nouveau tremblement de terre qui a frappé un État du sud du Mexique"... De l'ivresse des chiffres.

Les zones rurales absentes des cartes des médias francophones

Tous les médias ou presque ont diligemment distingué les différentes zones affectées en leur attribuant leur lot de victimes : la Ville de México (182 morts selon le dernier bilan), l'état de Morelos (73), celui de Puebla (45) et, moins fréquemment, les l’État de Mexico (13), de Guerrero (6) et de Oaxaca (1). Pourtant le lecteur aura dû se contenter au mieux d'un nom de localité et systématiquement d'un bilan global des victimes -à l'échelle des états- comme seul indicateur du drame. Il faudra attendre plusieurs jours pour que les équipes sur place commencent à relayer l'information en province. France info proposera un reportage sur l'acheminement de l'aide dans l'état de Morelos le dimanche 24/09/2017,.

Solidarité, déploiement des secours et course contre la montre

A la plus grande surprise des médias étrangers dépêchés dans la capitale (et n'ayant pas vécu le séisme de 1985), les manifestations de solidarité des mexicains ont ému. Le Figaro (22/09/2017) parle ainsi d' "Une chaîne du coeur". Frida (une autre, voir infra) occupe également les colonnes de L'Express ou du Dauphiné libéré (24/09/2017). Frida est une femelle labrador miel de huit ans dressée à rechercher les survivants au sein de l’Unité canine de la Marine mexicaine, Une jolie chienne immédiatement envoyée sur les ruines de l'école Enrique Rébsamen, cette école du sud de la ville qui s'est écroulée quelques minutes après le début des secousses, emprisonnant élèves et professeurs (37 victimes recensées).

Car après le choc, commence la course contre la montre. Jeudi, Ouest France (21/09/2017) cite le président Enrique Peña Nieto qui annonce que « 50 personnes ont été sauvées des décombres des bâtiments effondrés ». Mais, qu'il s'agisse de l'école E. Rébsamen ou de la quarantaine d'autres bâtiments qui se sont effondrés dans la ville, les titres des articles ne raconteront ensuite que l'amenuisement progressif de tout espoir de retrouver des rescapés. Le 21 septembre, La Croix constate déjà "le temps presse pour extraire des survivants des décombres". Le 22, La Tribune de Genève se veut encore positive : "Les secouristes redoublent d'efforts à Mexico"... "L'espoir de retrouver des survivants s'amenuise à Mexico" admet dimanche la revue Le360. Mais, là encore, les efforts de sauvetage effectués en dehors de la capitale n'auront pas retenu beaucoup l'attention des médias francophones et, en général, étrangers.

Autre motif de consternation, pour le secteur du tourisme cette fois, Le Point et L'Express (24/09/2017) nous expliquent que de très nombreuses annulations de voyage ont suivi le tremblement de terre et que les touristes semblent "fuire" la capitale du Mexique. A ce stade, le lecteur se dira sans doute que tout cela est plutôt bon signe : les touristes n'étant apparemment pas totalement inconscients... Mais, comme le confirme Tourmag (22/09/2017), "Les sites touristiques fonctionnent normalement". Et de faire un bilan pratique pour les touristes sur place.

Enfin, consolation toute relative, comme le notent Libération ou Le Républicain Lorrain (19/09/2017), cette fois Donald Trump a bien pris la peine de tweeter sa solidarité aux mexicains (après avoir quelque peu oublié de le faire suite au tremblement de terre du 7 septembre dernier).

21 septembre : la polémique

La polémique, comme dernier temps de tout drame. Le journal gratuit 20Minutes ouvre l'offensive jeudi en titrant "Séisme au Mexique. La technologie anti-sismique n'a pas fonctionné" (21/09/2017). L'affirmation semble un peu excessive pour qui habite à côté d'un haut parleur qui relaie les alertes sismiques. Mais le journaliste se rattrape en expliquant que les alarmes ont bien sonné mais trop tard, à cause de la proximité de l'épicentre; des explications données, nous explique 20Minutes, par le chef de la protection civile de la ville à une "chaîne TV locale"... Televisa, chaîne locale, hum, hum!... Ah oui! Locale, c'est-à-dire mexicaine...

Televisa donc, chaîne locale (dont les ratings devraient faire pâlir d'envie TF1), qui se retrouve en première ligne d'une autre polémique : la fausse histoire de la petite Frida-Sofía, bloquée sous les décombres de l'école Enrique Rébsamen. Le Monde (22/09/2017) publie la photo de la charmante journaliste de Televisa qui a couvert les recherches pendant trois jours, et explique comment l'histoire de la petite Frida s'est révélée fausse après avoir fait le tour du monde. L'Express ou La Provence (22/09/2017) proposent également leurs résumés de l'affaire qui a évidemment choqué le pays. Frida-Sofía, la nouvelle Florence Cassez? C'est l'étonnant pas que n'hésite pas à franchir le journaliste Clément Dietry pour Médiapart (22/09/2017). Lecture recommandée pour les ennemis jurés de Televisa, exclusivement.

Selon les médias consultés, la Marine mexicaine se sort plus ou moins bien de ce scandale. En revanche, nous n'avons encore trouvé aucun article défendant l'erreur (ou le pari fou) de Televisa... Car l'affaire a provoqué la colère des mexicains mais aussi, assure Le Point (22/09/2017), celle des journalistes étrangers qui avaient eux aussi largement relayé l'affaire, L'hebdomadaire rappelle qu'on avait même raconté avoir donné du "lait" (alors là nous savions pour l'eau, mais le lait!) à l'inexistante petite fille. A la décharge de tous, elle avait un si joli nom, tellement mexicain : Sofía (le prénom actuellement le plus commun parmi les jeunes mexicaines) et Frida (probablement en hommage à l'icône Frida Kalho). Le journaliste Frédéric Saliba, dans Le Monde (22/09/2017) rapporte, quant à lui assez fidèlement, les polémiques qui surgissent et se propagent dans les réseaux sociaux. "Le gouvernement n'est pas à la hauteur du désastre" réagit un témoin. Pourtant, souligne Le Monde, les chiffres de la mobilisation sont quand même éloquents: 20.000 fonctionnaires publics en alerte et 10.500 militaires et forces de l'ordre déployés.

De fait, la presse francophone a du mal emboîter le pas de la presse mexicaine qui, dès dimanche, commence à demander des comptes aux autorités. Pour notre part, nous vous recommandons la lecture, dans la presse mexicaine cette fois, du dossier ville du quotidien Reforma (version papier), sur les constructions et le respect des normes antisismiques. Enfin, le sujet fait débat au Mexique... une "réplique" au dernier séisme bien utile pour le coup.

Un triste bilan pour le Mexique mais aussi un triste bilan pour la presse francophone dont le manque de correspondants sur place s'est fait ressentir. Sans les images des internautes, les rédactions auraient peu de choses à proposer sur leurs pages internets... Dans deux jours, France 24 lance sa chaîne en espagnol, peut-être faudrait-il penser à installer une équipe au Mexique?.. juste une idée en l'air....

Enfin, pour conclure et confirmer ce dont Masiosarey vous faisait part il y a 15 jours : oui, la ville de Mexico est mal située! Science et Avenir, publie un article édifiant sur la configuration particulière de Mexico, une ville construite sur des sables mouvants...

Une lecture indispensable pour ceux qui n'auraient pas encore compris!

#Médiasfrancophones #SéismeàMexico #Tremblementdeterre

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