… la “comida corrida” la moins chère de la Colonia Roma


J’adore la Comida corrida.

J’adore le principe du fast food mexicain mais avec de vrais plats.

J’aime moins le fait d’être obligée de manger le plat de riz avant le plat principal.

J’aime pas du tout l’eau de tamarin, mais je la bois quand même.

Dernièrement, -et là, je lance un appel désespéré !- j’observe avec inquiétude une disparition progressive des bouis-bouis de Comida corrida dans la zone centrale de la ville. Les colonias à la mode (Condesa, Roma, Juarez, Nápoles, la Narvarte et même San Pedro de los Pinos !) voient un nouveau genre de restauration s’installer en lieu et place de mes chères Comidas corridas : le boui-boui hipster ! Allons, vous le connaissez tous, ce local repeint en noir avec des carreaux en ciment flambants neufs où les serveurs sont jeunes et barbus, où les filles sont tatouées et habillées comme nos grands-mères mais en plus jeune et où le menu est joliment écrit sur une ardoise noire. Loin de moi l’idée de critiquer une esthétique qui est finalement celle de ma propre maison, mais quand même, une certaine uniformisation des lieux de restauration est en cours, et se fait souvent au détriment de la relation qualité-prix !

Dernièrement, au cours d’une de mes sempiternelles pérégrinations dans la Roma Sur, mon estomac me rappela soudain à l’heure française. Bien décidée à dénicher le dernier endroit branché, me voici en mode repérage. Après une succession de devantures plus noires les unes que les autres, une dame en train d’écrire son menu sur un tableau vinyle blanc attire mon attention : 50 pesos la Comida corrida ! De aquí soy ! Et voilà que je passe la porte cochère d’un de ces immeubles rescapés du tremblement de terre de 1985, qui font le charme de la Roma et dont les carreaux en ciment sont encore d’origine, malgré les tentatives pour les remplacer par du vinyle.

Une petite dame sans âge, avec son tablier à carreaux, nettoie la toile en plastique à carreaux (décidément !) rouges et amène un broc d’eau de tamarin (beurk !) ainsi que la traditionnelle soupe à l’eau (quelques chayottes nagent à la surface d’un liquide chaud et piquant). Le riz suit à grande vitesse puis le plat (un délicieux bifteck à la mexicaine). Rassasiée et voyant que les hommes d’affaire du coin en costume trois pièces commencent à affluer dans l’attente d’une place, je demande poliment à cette jolie dame, si je peux utiliser ses toilettes :

- Oui, mais le muchacho doit monter avec vous pour tenir les chiens !

Restée sans voix, je tâche d’élucider le sens caché de cette mystérieuse phrase. Un jeune garçon déboule alors, passe devant moi sans un regard et me voilà embarquée dans une course poursuite dans un labyrinthe d’escaliers et de couloirs. Une porte à demi ouverte m’indique que je suis arrivée à destination et me voilà dans un appartement probablement du même âge que la vieille dame d’en bas. Le jeune garçon retient un charmant labrador couleur miel par le collier et m’indique le chemin vers les toilettes. Et là, je me suis sentie chez moi, avec les traces de dentifrice sur le lavabo et les serviettes humides qui trainent dans la salle de bain. Expérience un peu étrange, je dois avouer, que de se retrouver dans l’intimité de la propriétaire d’un restaurant !

Bilan des courses :

  • Une comida toujours aussi corrida : un quart d’heure montre en main, incluant la pause pipi.

  • Un repas complet : soupe, riz, plat principal, dessert et boisson

  • Un prix particulièrement compétitif pour la zone et le service

  • Une visite d’appartement digne d’une agence immobilière

Et voilà, un jour dans la Roma Sur, j’ai réussi à trouver le restaurant de Comida corrida le plus ancien, délabré et meilleur marché, où le dicton « Mi casa es tu casa » n’est pas un vain mot.

©Masiosarey, 2017


  • Gris Icono RSS
  • Gris Icono de Instagram
  • Gris LinkedIn Icon
  • Gris Facebook Icono
  • Gris Icono Twitter

© 2020 par PERTINENS MEDIA