“Un travail de fourmi” pour une puce : La Pulguita une boutique qui recycle utile


Depuis 4 ans, La Pulguita récupère, trie et vend des vêtements usagés dans le but d’aider les plus démunis. Une partie des vêtements récupérés est envoyée dans une communauté de l’Etat de Chihuahua, Guachochi, une autre est destinée aux enfants qui vivent dans la prison pour femmes de Santa Martha, dans la Ville de México. Deux jeunes femmes, lassées de la société de gaspillage, sont à l’origine de cette initiative.

A l’origine « proposer une option différente »

A la naissance de leurs enfants respectifs, Anna et Tae ont, comme la plupart des mères de famille, échangé leurs affaires de bébés. Heurtées par la consommation exacerbée suscitée autour de l’arrivée et de l’équipement des petits enfants, les deux jeunes femmes ont alors entrepris une démarche qui va au-delà du simple échange entre amis : recycler et réutiliser pour aider les communautés les plus nécessiteuses, tout en conscientisant sur les travers de l’industrie textile qui pousse à la surconsommation. « Résister, apporter notre grain de sable et proposer une option différente » voilà ce que Tae déclare quand on l’interroge sur son entreprise.

Au départ de cette aventure, les associées voulaient surtout créer une ambiance conviviale, dans un show room (boutique éphémère) dans le sud de la ville, pour rassembler des familles et générer des options différentes face à la consommation. Ce qui va décider du destin de La Pulguita naît lors d’un premier Bazar, où les deux femmes découvrent tout le potentiel du troc, et surtout des donations. A partir de là, La Pulguita promeut non seulement la réutilisation, mais aussi l’aide aux femmes et aux enfants les plus démunis.

« Rechercher le contact le plus direct avec les communautés »

La première destination des dons a été trouvée grâce à un membre de la famille d'Anna, nutritionniste au Centre de récupération nutritionnelle et auberge pour mères (CERENAM) de Guachochi (Etat de Chihuahua)*: « Cela s’est fait tout seul. Nous sommes entrées en contact avec eux ; et là-bas tout est bienvenu » déclare Anna. Une partie des gains de la vente des vêtements lors des show room sert à payer l’acheminement des vêtements non vendus et des donations diverses vers Guachochi. Un contact à Chihuahua livre le tout à la communauté dont l’accès est difficile. Guachochi, rappelez-vous, la ville même des Tarahumaras qui courent pieds nus… (masiosarey revue de presse).

La deuxième destination, en revanche, a été beaucoup plus difficile à mettre en place. Anna et Tae désiraient absolument trouver une autre finalité aux donations, dans les prisons pour femmes cette fois. En effet -et peu de gens le savent- les enfants nés en prison restent avec leur mère jusqu’à l’âge de 6 ans. Dans un article de 2015, le quotidien Milenio estimait que 120 enfants vivaient à Santa Martha. Santa Martha est d’ailleurs, selon l’article du site internet Mommy Problems Mx , le seul centre de réclusion de la ville de Mexico qui possède un Centre de développement infantile (CENDI).

Mais l’administration pénitentiaire mexicaine est peu ouverte à ce genre d’initiatives. Loin de se décourager, Anna et Tae se sont donc adressées à une association de femmes internées. Puis finalement, grâce à des liens noués dans le milieu artistique, elles ont rencontré la Fondation Pasos. Fondée en 2003, Pasos est une association civile qui appuie les enfants confrontés à des problèmes de développement. Elle apporte essentiellement un appui thérapeutique aux familles à revenu réduit, mais propose aussi des ateliers artistiques et culturels, notamment en collaboration avec le collectif d’artistes NETER. Pasos et le collectif NETER animent ainsi des ateliers avec les femmes du Centre de réadaptation sociale de Santa Martha Acatitla de la Ville de Mexico.

« Nous sommes arrivées à un accord avec la directrice de la Fondation Pasos. Avant chaque atelier nous leur donnons les lots de vêtements et la Fondation amène le tout à la prison. » explique Tae. Et, par le biais de Pasos, les jeunes femmes connaissent les besoins spécifiques des prisonnières et de leurs enfants. « Au début, les prisonnières n’en revenaient pas. Que des gens leur donnent des vêtements et se préoccupent d’elles les étonnaient beaucoup. » raconte Anna.

La troisième destination des donations se fait dans le cadre d’un accord avec l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). « Il existe au Mexique de nombreuses maisons d’accueil pour les migrants qui traversent le pays, et ces « maisons » sont peu connues. Nous y envoyons une grande partie des vêtements pour femme que nous recevons » explique Anna. En 2017, l’OIM a recensé 82 centres d’accueil pour migrants dans tout le pays, principalement gérés par des associations civiles.

Un « travail de fourmi » pour deux hyper-actives

Les deux jeunes femmes ne comptent pas les heures investies dans leur entreprise caritative, et ce à côté de leur vie professionnelle. Tae est actrice et Anna est spécialiste en thérapie (fleurs de bach). « Un travail de fourmi » déclare Anna, qui ajoute en rigolant que finalement l’entreprise aurait dû s’appeler « La Hormiga » plutôt que la « Pulguita » !

Et en effet, tous les mois, le show room permet de vendre les vêtements, mais aussi de recevoir les dons. Après avoir reçu les paquets de vêtements donnés, un premier tri est effectué. Puis tous les vêtements sont lavés, les réparations mineures (comme des boutons décousus) sont réalisées. Chaque vêtement est photographié, étiqueté (taille et prix) puis diffusé sur leur page facebook, ce qui leur permet d’atteindre un public plus large et tout au long de l’année. En effet, il est possible d’acheter en ligne à tout moment, sans forcément attendre le show room mensuel.

Il faut de l’énergie pour porter cette initiative, car malheureusement les dons arrivent parfois en mauvais état. « Si les donateurs effectuaient un premier tri, cela nous aiderait beaucoup. Mais nous continuons d’accepter tous les dons car notre travail est au final largement récompensé ! » déclare Tae. « Nous avons besoin de vêtements propres, de lait en poudre, de paquets de couches. On peut même envoyer des jouets en prison, à condition qu’ils n’aient pas de piles ».

Les besoins sont grands, la cause est juste et le lien est direct : en tant que donateur, que demander de plus ?

©Masiosarey, 2017. Crédits photos La Pulguita, 2017.

La Pulguita

Les show room ont lieu dans leur local une fois par mois :

Andador Juan Mancilla Rios 300 int.5

Unidad habitacional Monte de Piedad,

Colonia Romero de Terreros

Une fois par an, La Pulguita participe au Bazar Obrera (en décembre).

On peut acheter les articles toute l’année sur la page Facebook « La Pulguita ».

*Les CERENAM sont des organismes gérés par le DIF (Développement Intégral de la Famille) de l’Etat de Chihuahua. Ils perçoivent des subventions du Système national DIF (SNDIF), dans le cadre du Programme fédéral d’attention aux familles et à la population vulnérables (S150) ; programme social qui existe depuis 2009 et est évalué par le CONEVAL (Conseil national d’évaluation des politiques sociales).

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