Quand la cuisine “provenzal” prend ses quartiers à Mexico


La critique gastronomique est un exercice délicat ; surtout lorsqu’il s’agit d’un restaurant de notre région d’origine ! Nous nous y sommes risqués. Et… ô pauvre de nous ! On s’y serait cru ! La Marseillaise, Bistrot « Provenzal » assume avec brio son nom et devrait sous peu se convertir en repère de tous marseillais de cœur établit à Mexico.

Ouverte depuis huit mois, cette nouvelle adresse dans la Roma parie sur la cuisine provençale dans un pays qui associe habituellement la cuisine française à la cuisine au beurre et à la sauce à la crème. Et il n’y a pas de doute, nous sommes bien face à une cuisine que l’on souhaiterait d’ailleurs retrouver plus souvent à Marseille. Alors, pour ceux qui sont en manque du pays, ou ceux qui voudrait tester l’exotisme du sud de la France sous le soleil de Mexico, nous vous conseillons vivement l’expérience : un pastaga* en terrasse, accompagné d’une fougasse** aux herbes faite maison et de panisses*** ! Fermez les yeux … il ne manque que le bruit des mouettes et des cigales pour que l’on se croit à l’Estaque****.

La décoration, en contrepied à l’incontournable bouquet de lavande séchée, invite au voyage avec des bancs de trains à l’ancienne surmontés de porte bagage. Si les tuyaux apparents qui gainent les fils électriques sont devenus la norme des restaurants branchés, la salle de bain est d’une originalité sans nom : tapissée jusqu’au plafond de « talavera » de Puebla, et décorée de miroirs spectaculaires en terre cuite marron. A la classique devanture noire actuellement à la mode dans la Roma/Condesa, l’équipe a préféré un bleu foncé (méditerranéen) sur lequel se détache le nom du restaurant en jaune (pastis, bien évidemment !).

On ne saurait trop vous conseiller de goûter les entrées. Si les escargots de bourgogne ne sont pas mémorables (rajoutés à la carte pour que les clients se sentent sans équivoque dans un restaurant français), les tempuras d’asperges et de fleur de courgettes farcies au fromage de chèvre sont à se lécher les babines. La présentation, impeccable, atteste de l’expérience du chef, originaire de Cassis, qui a travaillé longtemps au Pied de Cochon à Mexico.

La carte laisse une large place aux poissons, cela va de soi pour de la cuisine méditerranéenne. Vous y trouverez la célèbre bouillabaisse (que nous n’avons pas goûtée). Le « loup » (lubina) en papillote, enveloppé de feuille de vigne, est cuit à point, dans une douce saveur de citron confit et miel ; toutefois un autre choix de poisson, un peu plus proche du mérou méditerranéen, comme el extraviado, aurait peut-être fait mieux ressortir les saveurs du poisson. La ratatouille qui l’accompagne réussit, pour sa part, l’équilibre parfait des quatre légumes qui la composent (tomate, aubergine, courgette et poivron). Mention spéciale pour le gratin de blettes au riz, servi dans un adorable petit tian en fonte, croustillant à point sur le dessus et fondant à l’intérieur. Le cochon de lait est un choix intéressant, si l’on aime cette saveur forte, car il est ici préparé en gâteau, croustillant et monté en couches superposées. Il est également cuisiné au miel, mais le chef réussit la gageure de doser parfaitement le sucré.

Notre plat préféré (mais c’est un parti pris depuis de nombreuses années !) : les moules marinières. La recette traditionnelle a légèrement été modifiée avec l’introduction de petits légumes coupés en dés minuscules ; qui donnent à ce plat une saveur toute nouvelle et équilibrent l’acidité du vin blanc. Enfin, mention spéciale pour la salade d’accompagnement qui marie avec succès pousses de roquette et coriandre fraîche (trop peu utilisée dans la cuisine provençale).

Enfin, il faut absolument garder une place pour les desserts. On aimerait tout croquer. Et le résultat est à la hauteur. La tropézienne s’éloigne de la recette traditionnelle pour mieux mettre en exergue des saveurs toutes marseillaises : en effet, la brioche, à base d’eau de fleur d’oranger, nous ramène au goût de la navette de Saint Victor*****, sans la densité de la pâte. Mention spéciale pour le crumble à la figue qui est exceptionnel.

Bref, le restaurant La Marseillaise est un véritable promoteur des saveurs du sud de la France, et met à l’honneur l’originalité des saveurs provençales. Une cuisine authentique et sans « chichis » !

A CONSEILLER : A tous ceux qui veulent goûter de « l’ôtentique, môssieur », saveur du sud !

A déconseiller : aux allergiques à l’ail, à l’huile d’olive et à la cuisine provençale en générale

On regrette : L’absence de carte pour enfant. A moins qu’il n'adore les moules et ne se désespère pas, mieux vaut éviter d’y aller accompagné du vôtre. Un service un peu lent, mais qui est le signe d’une préparation des plats sur le moment !

©Masiosarey, 2017

Compter entre 68 et 145 $ pour une entrée

Environ 245 $ pour un plat de poisson

Entre 210 et 250 $ pour un plat de viande

Dessert entre 65 et 75 $

La Marseillaise Alvaro Obregón 179, Col. Roma Norte CDMX

*Pastaga ou petit jaune, c’est le petit nom du pastis à Marseille !

**Fougasse : pain plat, fabriqué le plus souvent avec des olives, parfois des anchois (mais pas uniquement), à base d’huile d’olive.

***Panisse : sorte de crêpes épaisses à la farine de pois chiche que l’on retrouve presque exclusivement dans les brasseries du port de l’Estaque. Le tout est bien entendu frit !

****L’Estaque : quartier de la ville de Marseille, situé au nord de la ville et autour d’un petit port. Un effort! Vous l'avez surement vu représenté dans un tableau de Cézanne!

*****Quartier du centre-ville de Marseille, derrière l’abbaye de Saint Victor.

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