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Relation US-Mexique: un peu d'histoire ne fait pas de mal!


A l'heure où les relations entre les Etats-Unis et le Mexique s'enveniment, la lecture, salutaire, du roman de Patrick Mahé permet de relativiser. En effet, voici le récit de la guerre (et pas seulement commerciale!) qui a opposé les deux pays. Un roman sur la bataille des San Patricio, ou comment des irlandais se retrouvèrent à lutter contre les nords-américains aux côtés des Mexicains.

Patrick Mahé, Les oies sauvages meurent à Mexico, Fayard, 2013 (acheté au FCE)

Trop peu de romans francophones prennent pour cadre le Mexique; raison pour laquelle le titre du roman de Patrick Mahé retient d’emblée l’attention. Dès le premier chapitre, le contexte est posé: l’épisode trop méconnue de l’intervention nord-américaine au Mexique (1846-1848), considérée par le général Grant comme le prélude à la guerre de Sécession.

Avec le récit de cette intervention, Patrick Mahé nous transporte dans la réalité des escadrons Irlandais qui s’engagèrent, par la force du destin, dans cette guerre contre les Etats-Unis. Les San Patricios. C’est en honneur à ces anonymes, qui troquèrent leur verte Irlande pour les déserts arides de la frontière mexicaine, que la Saint Patrick est fêtée chaque année au Mexique.

Un épisode paradoxal de l’histoire des migrations au XIXème siècle

Patrick Mahé a choisi de nous raconter l’étonnant parcours de ces celtes fraîchement débarqués sur le continent américain pour fuir la famine. Mal reçus à New-York, ces hommes poursuivent leur chemin plus au Sud, à la recherche de terres et d’une hypothétique intégration sociale à travers l’engagement militaire. De déconvenues en fausses promesses, ils se retrouvent dans l’enfer du désert, le long de la frontière.

Là, l’impérialisme naissant des Yankees, conjugué au protestantisme radical des officiers, finit par pousser ces fantassins irlandais à passer du côté mexicain. C’est le Capitaine O’Reilly* qui a l’idée de recruter ces catholiques maltraités de l’armée américaine pour former un escadron mexicain. En contrepartie de leur engagement, le gouvernement mexicain leur promet des terres, tout comme le grand voisin du Nord accorde des concessions aux soldats volontaires.

Dans la débâcle qui suit l’avancée des américains jusqu’à la ville de Mexico, les irlandais sont faits prisonniers et n’ont pas de doutes sur le sort que leur réservent leurs anciens officiers : ce sera la pendaison. Le roman de P. Mahé commence au moment où les troupes du Général Lee entourent la capitale mexicaine, prêtes à donner l’assaut final.

Parallèlement, l’auteur -lui-même journaliste- retrace une autre histoire, celle des premiers reporters de guerre. Pendant le conflit, les correspondants des différents journaux se rencontrent, confrontent leurs versions des faits et risquent leurs vies pour rapporter à leurs lecteurs les dernières nouvelles du front. Leurs voix sont celles de Sam Chamberlain, soldat américain, de Susan Magoffin, intrépide épouse d’un commerçant, ou de Georges Kendall, fondateur du New Orleans Picayune. Et c’est à travers les échanges entre le reporter américain Georges Kendall et le reporter français de l’Illustration Jean de Beaulieu, que le lecteur découvre et retrace l’histoire des San Patricio.

Une image résolument combattante de la femme

La trame du livre est éminemment masculine; l’histoire des guerres du XIXème siècle ne laissant que peu de place aux femmes. Pourtant, Patrice Mahé s’attache à mettre en avant des figures féminines emblématiques: María de Jésus Dosamantes, personnage dominant du récit qui disparaît trop rapidement ; Purificación dite « Pura » ; Guadalupe « Lupe » qui incarne la “passeuse” parce que dépositaire des grands mythes fondateurs mexicains et précolombiens... Toutes ces femmes donnent vie à la figure de la guerrière mexicaine, à ses heures un peu infirmière et précurseur des futures révolutionnaires du début du XXème siècle. Une image résolument combattante de la femme, qui s’inspire également des grandes héroïnes consacrées par les mythologies celtiques, françaises --telle que Jeanne d’Arc-- ou encore mexicaines, comme La Virgen de Guadalupe ou la Malinche.

Le recours aux grandes figures mythologiques nationales permet à Patrick Mahé de souligner les similitudes entre des histoires en apparence si distinctes : celle du monde celtique et celles des jeunes Amériques indépendantes, dont les constructions nationales furent pareillement marquées de soubresauts impérialistes teintés de prosélytismes religieux.

Enfin, l’ouvrage est l’occasion pour l’auteur d’inviter le lecteur à une plongée dans la culture mexicaine: du mezcal à la charrería, des batailles de coq à l’utilisation du cactus hallucinogène Peyotl, en passant par les descriptions des villes et paysages que traversent les bataillons d’irlandais.

A conseiller aux amateurs de romans historiques, pour l’originalité du thème et la période historique choisie. L’auteur base son ouvrage sur des sources sérieuses, auxquelles il dédie même quelques pages dans le cœur du roman. Cependant certaines répétitions rendent la lecture un peu lassante. La trame romanesque est nettement moins puissante que la trame historique.

Pour en savoir plus:

Sur le bataillon des San Patricio : le film de 1999, One’s man Hero

Sur l'intervention américaine au Mexique (1846-1848): les articles de l'historienne Josefina Zoraida Vázquez, publiés notamment dans la revue Historia mexicana, abordent l'intervention, du point de vue de l'historiographie ou encore des discours politiques prononcés à cette occasion (des deux côtés de la frontière).

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