Les mystérieuses cités d'or: le retour


Le XVIème siècle.

Des quatre coins de l’Europe, de gigantesques voiliers partent à la conquête du nouveau monde.

A bord de ces navires, des hommes, avides de rêves, d’aventures et d’espaces ; à la recherche de fortunes.

Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes, ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait au détour d’un chemin de la Cordillère des Andes

… Qui n’a jamais rêvé de pouvoir coller ses enfants devant un dessin animé sans avoir mauvaise conscience ?

Vous allez enfin pouvoir répondre à vos tendres rejetons qui vous harcèlent depuis quelques mois : « c’est quand que ça commence, la saison 3 ? ». Ça y est. Depuis le 20 octobre, la chaîne privée TF1 diffuse les 26 épisodes de cette série mythique. Episodes que vous pouvez également retrouver sur Youtube.

Voila bientot trois ans que nos chers enfants, de 7 à 77 ans, attendaient avec impatience le retour de cette série phare de l’animation enfantine. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le phénomène « Cités d’or » --pour avoir vécu sur une ile depuis 30 ans (ou au Mexique !)--, un petit retour sur ce qui a fait et continue de faire le succès inter-générationnel de cette série.

La saison 1 : 39 épisodes diffusés en 1983 en France sur Antenne 2, au Luxembourg et en Belgique sur RTL en 1983 et sur Radio Canada en 1984

L’histoire. Au XVIème siècle. Trois jeunes enfants (11 ou 12 ans), Esteban, Zia et Tao, sont embarqués dans une aventure épique sur le continent américain, à la recherche des cités d’or. Ils sont accompagnés par trois adultes imprévisibles, les marins espagnols Mendoza, Pedro et Sancho. Poursuivis par les espagnols du gouverneur Pizarro, ils rencontrent dans leur quête des civilisations anciennes et mystérieuses, et des alliés dans les villages précolombiens qu’ils traversent.

Aux origines, une association franco-japonaise

Contrairement à une idée couramment répandue, Les Mystérieuses cités d’or n’est pas une série française. L’idée, le scénario et la réalisation sont venus du pays du soleil levant. Aux origines de la série : le studio de la chaîne publique japonaise NHK qui décide d’adapter (très librement) l’ouvrage de Scott O’Dell (The King’s Fifth) et qui s’associe pour cela au studio de production DIC de Jean Chalopin.

Le studio NHK présente aux français « un feuilleton avec une épopée qui nous plaisait, une époque intéressante (…) On a fait le contraire d’Ulysse 31 (la série qui a fait connaître le studio français DIC. NdlR). Les japonais nous donnaient les scripts et dessinaient. Et nous, nous donnions notre avis », racontera Bernard Deyriès en 2000. A l’origine, les japonais voulaient réaliser un dessin animé afin de promouvoir une série de documentaires filmés, poursuit Bernard Deyriès. Et puis cette idée est devenue un projet à part entière.

Le collaborateur de Jean Chalopin se souvient que c’est sur la musique que les principaux désaccords ont surgi entre les deux équipes. Résultat des courses, chacune des versions, française et japonaise, aura sa propre bande-son musicale. Les dialogues sont également adaptés pour le public français. Mais l’apprentissage est fructueux. Bernard Deyriès insiste: les japonais lui ont appris le sens de l’économie et l’art de donner du sens à une scène en moins de plans.

Pour en savoir plus... 1980 : Quand le Japon dominait la production de dessin animé...

Un succès immédiat auprès du jeune public français

Le succès en France est immédiat. La série est relativement bien perçue par la critique. La musique, les voix, le mystère qui entoure les personnages en font une série mythique. Surtout, la série met en avant les aventures de trois jeunes enfants. Et l’identification est immédiate, chez les filles comme chez les garçons. Ces trois jeunes héros sont totalement autonomes, prennent et assument leurs propres décisions, les adultes n’étant que des ennemis ou des appuis distants. Et pourtant, ces adultes apportent aussi de la profondeur à la série. Le personnage mystérieux de Mendoza, notamment, nuance le manichéisme de la série.

Loin de prendre les enfants pour des idiots, les auteurs parient donc sur la complexité et sur les émotions : peur, tristesse, deuil, perte… autant de sentiments qui semblent bien souvent bannis des programmes actuels pour enfants. Complexité encore avec la trame, qui repose sur la multiplication des références culturelles et sur le mélange entre monde réel et fiction... voire science-fiction. Selon Bernard Deyriès, c’est ce ton particulier de la série qui aurait d’ailleurs entravé sa vente aux Etats-Unis ; une série que les diffuseurs nord-américains auraient trouvé « trop intelligente », « trop culturelle, peut-être ».

De fait, cette série a sans doute constitué la seule approximation de toute une génération avec les cultures préhispaniques et l’histoire du Nouveau Monde. Si les petites capsules pédagogiques qui venaient conclure chaque épisode se chargeaient de faire le lien avec la réalité, pour combien de jeunes belges, français ou québécois le nom des Olmèques évoque-t-il (d’abord) une montagne cachant un vaisseau spatial ? Et qui d’entre eux n’associe-t-il pas (encore un peu) civilisations précolombiennes et technologies futuristes?

En revanche, au Japon, le succès est loin d’être au rendez-vous, ce qui compromet grandement la suite de la série. D’autant que, pendant la décennie quatre-vingt-dix, les chaînes de télévision françaises sont frileuses et préfèrent investir dans des épisodes qui se suffisent à eux-mêmes, dans le but de diffuser indifféremment une dizaine d’épisodes ou la série complète.

Après 39 épisodes d’aventures américaines et une victoire sur les Olmèques, Estaban, Zia et Tao partent donc pour de nouvelles aventures, à la recherche d’autres cités d’or. Mais, même si le Grand Condor survole rapidement les continents, il leur aura fallu attendre 30 ans avant de poursuivre leur chemin dans une saison 2.

La saison 2 (26 épisodes de 26 mn, diffusée sur TF1) Une suite dévoyée ?

La diffusion de la saison 2 a entraîné de nombreux débats : la nouvelle version était-elle au niveau de l’ancienne ? L’achat des droits par la chaîne privée TF1 a, pour beaucoup, dévoyé l’esprit de la série originale et surtout conditionné la création à des impératifs économiques et de rating.

L'histoire. Esteban, Zia et Tao retrouvent Mendoza, Pedro et Sancho en Espagne et découvrent que la prochaine cité d’or se trouve dans l’empire de Chine. Là-bas, ils rencontreront de nouveaux personnages inquiétants (comme le très méchant Zarès) ou mystérieux (comme l’alchimiste français Ambrosius).

« Les Cités d’or 2 piègent la ménagère de TF1 ». Le débat

Elle est devenue un gros bonbon pétillant et coloré (L’obs, 2013)

Gnangan et infantilisée à l’extrême (L’express, 2013)

Les Cités d’or 2 piègent la ménagère de TF1 (Le Hufftington post, 2013)

Les mystérieuses cités d’or II sont trop édulcorées (Le Hufftington post, Québec, 2013)

Sortie le 9 décembre 2012 sur la chaîne française TF 1, la nouvelle saison de la série ne tarde pas à s’attirer les foudres des média et de nombreux fans. Il faut dire que l’expectative était particulièrement élevée après tant d’années d’attente.

Cette fois la réalisation est entièrement française. La chaîne TF1 mandate les studios de production Blue Spirit (installés à Angoulême) et le réalisateur Jean Luc François, qui travailleront en collaboration avec la RTBF, Be-film, Sinematik et Sofica Cofinova.

Nombre de détracteurs attribueront le manque de sensibilité de ce second opus à la mise sur la touche des japonais. Mais ce sont la modernisation des personnages et du dessin et (étrangement!) le changement des voix qui suscitent les critiques les plus récurrentes. Idem, l’infantilisation des personnages et de l’histoire est aussi pointée du doigt. Les capsules pédagogiques de fin, reconduites, ne semblent pas être à la hauteur de celles de la saison 1. La bande-son déçoit...

Interrogé sur ces controverses, le réalisateur Jean Luc François souligne les profondes transformations des codes télévisuels opérées en l’espace de 30 ans. « Il n'y a pas vraiment de censure [mais] il y a des manières de mettre en scène qui ont changé. La première saison était déjà conçue pour des enfants. Mais le niveau de violence a changé en 30 ans. Dans la saison 1, par exemple, il y a une séquence : quand le prophète voyageur monte les escaliers et qu'il se fait poignarder. A chaque fois que je la vois, je me dis "Wow". C'est vraiment le genre de choses que l'on ne pourrait plus faire aujourd'hui dans un dessin animé pour enfants.”

Si les critiques des médias sont dures, ce sont les spectateurs qui réagissent le plus vivement dans les réseaux sociaux. Une page facebook est créée en 2013 (inactive depuis) pour recueillir déceptions et polémiques, et les producteurs reçoivent un important courrier de fans éconduits (pour avoir une idée de la vigueur du débat, n’hésitez pas à aller voir les commentaires postés à la fin de certains articles…)

Pourtant, la nouvelle série a tout de suite eu du succès auprès des jeunes enfants (près de 1 million d’entre eux suivront la série). Les aventures de ces trois enfants indépendants suscitent toujours autant de plaisir. Et, tous ceux qui aurait dans leur entourage un enfant de 4 à 12 ans, reconnaîtront (peut-être avec terreur) cette phrase scandée comme un leitmotiv : c’est quand la nouvelle saison des Mystérieuses cités d’or ?

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Quelques réalisations de Blue spirit

Kirikou (long métrage) 1998, avec Les Armateurs (Production)

Les triplettes de Belleville (long métrage) 2002, avec Les Armateurs (production)

Ernest et Célestine (long métrage) 2011, avec Les Armateurs

Martine (2 saisons de 52 épisodes de 11 mn) 2012 et 2016, avec Les Armateurs

Les mini ninja (série de 52 épisodes de 11 mn) 2013-2014, réalisé par Enanimation (production TF1 et Cyber Group)

Les grandes grandes vacances (série de 10 épisodes de 26 mn) 2014-2015 (avec Les armateurs)

Les chroniques de zorro (série de 26 épisode de 23 mn) 2014-2015 (Production Cyber group)

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Et bien, la voilà cette saison 3

Depuis le 20 octobre, TF1 diffuse la saison 3. Le pays a changé, cette fois nous sommes au Japon, puis en Inde et, enfin, dans la péninsule arabique. Et comble de surprise, un méchant de la saison 1 réapparaît ! Le ton est sensiblement le même que pour la saison 2 puisque les mêmes studios et le même réalisateur sont aux commandes. Quand à la musique, elle a de nouveau changé pour faire échos aux nouveaux pays que les enfants vont traverser.

Au-delà des polémiques sur la forme et le fond, de la nostalgie d’un temps révolu ou encore de l'opposition de principe contre le monopole des chaînes privées sur la création audiovisuelle, nous vous conseillons vivement de ne pas bouder cette série. Dans le panorama actuel des émissions enfantines, les trois saisons restent au dessus du panier et réussissent à doser savamment besoin de divertissement et apports culturels. Pour vous en convaincre, il suffit d’amener vos enfants, gavés de Mystérieuses Cités d’or saisons 1, 2 et 3, dans les musées. Ils reconnaîtront d’emblée les uniformes des samouraïs, identifierons immédiatement moines shaolin et montagnes tibétaines, et disserterons des heures des olmèques et des mayas.

Pour en savoir plus... Interview exclusive de Sophie, Juliette, Martin et Valentine!

Notre conseil…

Pour ceux qui ont la chance de résider au Mexique avec des enfants, amenez-les au Musée national d’anthropologie après avoir visionné la saison 1 : ils auront la joie de voir, en vrai, le fameux masque de jade que les héros trouvent dans la jungle (probablement dans la région de Palenque) et regarderont avec surprise les têtes trouvés dans les zones olmèques du pays. Ne vous étonnez pas alors que les vocations « d’archéologues aventuriers » se révèlent ! Et puis n'oubliez pas que la montagne Olmèque se trouve en fait à Querétaro!

©Masiosarey

Sources

Deyriès B., « interview », https://www.youtube.com/watch?v=kGkEcr25UgE http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18657145.html

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